Je reçois une lettre adorable de Mme de Peyronney qui me remercie pour des fleurs que lui a envoyé maman de ma part. C'est trop fort, elle n'est pas venue aujourd'hui, il y a eu les Gavini, la Linsingen, Moreau. Il paraît qu'on regarde beaucoup mon tableau et Adeline dit qu'il est très bien.
Villevieille est venue me porter un bon coup ce matin. Elle a causé avec Julian qui lui a dit que Breslau aurait une récompense, qu'il a essayé pour les deux elle et moi et que moi ça ne prend pas. Ce n'est pas assez peint, si seulement dit Julian c'était peint comme mes études ordinaires, c'était suffisant. Donc comme cela n'était pas possible pour moi et possible pour Breslau il va pousser pour Breslau, il en est fâché car il ne l'aime [pas] mais c'est une élève de la maison et c'est pour la boutique. Du reste je vais lui porter mes études et nous causons.
Il me dit la même chose qu'à Villevieille. Il est même très gentil et m'enveloppe la pillule, avec des ménagements qui m'attendrissent. Je ne comptais sur rien du tout mais du moment que lui et Villevielle, ils semblent croire que je pouvais espérer quelque chose... ça me fait quelque chose. Julian me monte la tête pour ceci comme pour Cassagnac. Et j'en ressens toute la peine qu'il supposait que je devais ressentir et que je ne ressentais pas. Il me fait des compliments et sur ma robe qui est exquise et puis enfin il tache d'être bon me croyant atteinte... Je le suis. Mais comme c'est une vexation naturelle et personnelle je ne me plains pas et ne pleure pas.
Pourtant je vous assure que j'en suis assommée, c'est comme si... enfin je me sens ivre. Je n'y aurais peut-être pas pensé si on n'y avait songé pour moi. Julian dit que j'étais malade voilà pourquoi ce n'est pas suffisant, et je lui dis que c'est le tableau d'Amélie qui m'avait énervé. Enfin, c'est ainsi... Il faudra, dit-il, une récompense plus grande qui efface celle-là.
Ah ! ben oui. "Vous voulez bien, ajoute-t-il rester là mais si une autre fait un pas en avant vous voudriez en faire deux"... toujours vrai.
Je vous avais bien dit que Breslau est une force. Et ce Julian qui persiste à dire qu'elle ne me vaut pas et qu'avec encore un peu plus de volonté je la battrai... Ah ! ben oui.
Je suis malheureuse en tout. Mais maintenant je vais tant travailler II...
Et encore je n'en sais rien. Julian dit qu'il n'y avait que Cot qui voulait bien marcher...
Ah ! le brave homme, j'en suis attendrie, je subirai ses leçons, le brave homme.
C'est un grand coup, j'en suis faible comme après une longue maladie, la tête ne se tient pas et voudrait tomber à droite et à gauche et une voix éteinte. Pitoyable en un mot. Ma famille est au cirque.
Voici mon Salon dans "La Citoyenne", ce n'est pas mal.
Le nom de Breslau sera dans la bouche de beaucoup dit Julian.
Enfin c'est d'autant plus dur que ces gens ont l'air de croire que c'est dur pour moi... Et il n'y a rien à faire. Si on pouvait faire quoique ce soit, une injustice ou quoique ce soit ce serait fait, dit Julian, mais entre rien et quelque chose il n'y a pas à hésiter.
Breslau a mis "élève de Tony Robert-Fleury" sur le livret et puis elle a fait amende honorable devant Julian, et le tout fera honneur à la maison. Bien.
Il me console en disant que Breslau travaille depuis plus longtemps, qu'elle peignait déjà quand je ne dessinais pas encore. C'est encore vrai mais... mais c'est la faute à personne qu'à moi...
Enfin il y a des réalités pénibles dans la vie.