Journal de Marie Bashkirtseff

Je continue à rêver des miens. Mme Anitchkoff écrit que maman fait l'impossible pour partir et n'y parvient pas. C'est bien ennuyeux. Ainsi au lieu d'améliorer les choses ce voyage aura été les embrouiller... Ce soir je me résigne. Je suis une de ces victimes que la Providence vient tirer d'affaire dans les romans, mais pas dans la vie. Mon Dieu si j'étais absolument malheureuse irrémédiablement perdue, ce serait une solution... Il y a des bals tous les soirs, le Carnaval à Rome... En lisant tous ces noms romains et la Course des Barbieri et le Corso !... Cela vous prend à la gorge comme le mot de Gambetta. Pas un souvenir pour le petit Italien Antonelli, oh ! rien. Mais Rome, mais l'Italie. Quand les journaux en parlent je passe, parce que ça me rend trop triste ! Ce soir j'ai succombé à la tentation et lue la correspondance. La mort avec le sentiment de la vie !
J'ai bien une invitation chez Mme de Tunis mais c'est de la petite bière.