Je viens de passer quelques minutes devant mes études de Nice. La seule pensée que peut-être on y trouvera quelque chose de bon me fait passer un frisson dans le dos. Je dis on car Tony, Julian, Bastien me paraissent si mesquins, si peu de chose à côté de l'effet immense que peuvent produire pour moi leurs paroles. Il n'y a de vrai anxiété et de vrai bonheur que dans les choses de la gloire...
Comment y comparer une seconde un homme ? Tout s'aplanit devant la Gloire. Quel grand mot-
Ma vie ne se dessine pas, [Mots rayés: sans compter qu'à l'atelier] pour m'y remettre. On dirait que je suis oisive depuis des mois et qu'un malheur est arrivé.
Je n'ai pas donné tout ce que je pouvais, surtout le vieux, je me pressais de rentrer à Paris. J'ai encore bâclé !!! Ces pensées me passent dans la tête comme de gros nuages m'enveloppent d'angoisses qui me donnent froid et me font passer comme des langues de feu sur le corps, dix fois par heure...
Le ciel est gris, orageux, il pleut et un vent brûlant, il se passe dehors, ce qui se passe en moi... Effet physique alors ?
Nous sommes allées chez les Gavini; les visiteuses ordinaires, Odette, Valentine, Chaudordy... Puis nous avons été au Bois avec Adeline. Une foule de monde élégant. Nous avons amené de Nice un nègre nommé Felix Saïd, qui fait sensation. Soutzo avec sa sœur me salue gravement.
Il a paraît-il été soldat quelque part. Bojidar dîne ici et ne nous explique pas trop comment il se fait qu'il se voit avec Soutzo après avoir dit que c'était le dernier des cochons et qu'il n'a pas osé paraître au mariage de sa sœur parce qu'il avait peur d'y rencontrer Alexis ou Bojidar. Et à présent il dit que ce Soutzo est plus fou que méchant. En un mot ce sont des tripotages dont il ne faut nullement s'inquiéter, laissons tous ces indifférents se débrouiller entre eux. Mais j'avais autre chose à dire; je ne sais plus quelle considération sur l'amour à la suite d'une lecture faite ce matin.
L'amour, voilà l'éternel sujet... se laisser aimer par un homme qui ait assez de désavantages pour vous considérer en déesse descendue du ciel pour lui... cela aurait un certain charme... quelqu'un qui reconnaisse son humilité... Savoir que d'un regard on verse des milliards de félicités... il y a là un côté... charitable qui flatte les générosités qu'on peut avoir.