Journal de Marie Bashkirtseff

Eh bien ce n'est pas comme après l'Espagne; je ne suis pas ravie de revoir Paris, seulement contente... Du reste je ne puis me rendre compte d'aucun sentiment tellement je suis inquiète de mon travail. Je tremble en pensant à ce qu'on dira et je suis écrasée par le souvenir de Breslau qui est traitée par le public comme une artiste arrivée. J'ai été chez Julian hier, (nous sommes à Paris depuis hier matin) et il ne me traite plus comme une travailleuse sérieuse, brillante, oui, mais pas de fond, pas de volonté, il aurait désiré plus, il avait espéré autre chose. Tout cela en causant me fait beaucoup de mal, j'attends qu'il voit mon travail de Nice, et je n'espère plus rien de bien.
J'ai fait la Thérèse, une enfant de six ans allant aux provisions dans une allée de ferme, grandeur nature. Puis un vieillard à sa fenêtre à côté d'un pot d'œillets roses, grandeur nature puis un gamin portant un sac, grandeur nature, mi-corps.
Un paysage sur toile de 30. Un autre sur toile de 10. Trois marines. Cinq ou six petites études, et quelques dessins au fusain, en outre deux pastels pas finis, et des dessins à la plume dans l'album.
Je ne sais pas si c'est bien ou horrible et toutes ces peurs me font passer comme du feu sur toute la peau du corps...
Aujourd'hui nous avons été avec maman à l'atelier. Pauvre Amélie a été refusée, Julian me l'avait dit hier; il paraît que outre que c'était mauvais. C'était horriblement canaille.
Demain je verrai Tony.
J'ai déjà vu les Gavini et Saint Amand, on me trouve une mine comme autrefois. J'ai essayé des robes chez Doucet.