Journal de Marie Bashkirtseff

Nous dînons chez les Miranda. Charmant entresol dans une maison neuve, service confortable, maison bien tenue; convives élégants.
Monsieur et Madame Brocheton (des banquiers fort riches et très répandus; ils nous ont fait une visite l’autre jour). M. et Mme X. je ne sais qui, Monsieur encore je ne sais qui, diplomate Espagnol, jeune et très riche qui est venu à la maison, puis M. Heredia de Lavermor, secrétaire d’ambassade d’Espagne, M. de Rojas, maman, moi.
Mais voilà qu’au milieu du dîner la tête me tourne, je vois tout tourner autour de moi et n’ai que le temps de me précipiter au salon pour me voir dans une glace pâle comme une morte et puis me jeter dans un fauteuil de la chambre à coucher et m’évanouir à moitié.
C’est une sensation délicieuse mais il aurait mieux valu que cela se fît à la maison. Cinq minutes après j’étais aussi gai et forte que possible.
Une soirée agréable, on a dansé entre soi, M. de Rojas (ministre du Vénézuela) un veuf à fille comme Miranda, a valsé.... tout le monde du reste sauf maman et Mme X. puis Mme Brocheton qui est belle et gentille et moi avons improvisé des bêtises au piano sur un libretto de M. Hérédia [qui] improvisait, en même temps.
Mais l'après-midi j'ai passé une grande heure chez Tony, j'y ai fait la connaissance de Robert-Fleury père qui a été fort aimable et qui m’a dit qu’il est resté quatre ans à dessiner avant de peindre. Le père parti, nous avons causé et j’ai fumé une cigarette.
Quant à la peinture par moi apportée il l’a trouvée bien et me dit de continuer. Julian a dit aussi qu’avec mon Salon c’est le plus grand effort que j’ai fait....