Journal de Marie Bashkirtseff

Tolmatcheff à déjeuner.
Filippini n'a pas encore eu sa 2ème séance, je l'ai renvoyé aujourd'hui pour aller me promener. Chez les Gavini on nous présente M. de Saint-Amant. Le fameux dilettante, artiste, connaisseur, lançeur de prima donna et des femmes du monde, l'ami de toutes les jolies femmes, il suit la mode ou la fait.
On lui avait beaucoup parlé de moi et j’ai remarqué qu’il examinait fort le sujet.
[Mots noircis: Chez Mme Krisjhaber, Mme Munkacsy la femme du célèbre peintre. J’ai vu le baron Arnaud au Bois, à cheval avec le duc Guichard. Je me suis détournée d’eux sans affectation mais eu le temps de voir que le baron est beau... il a quelque chose enfin.
Madame Adam n’est pas venue. Cela me fait prendre tout en horreur. Je suis furieuse de ce que Soutzo dîne en même temps que les Mouzay. Les femmes cela ne me ferait rien mais le petit m’ennuie. Mme Gavini dit que je ferais bien de le prendre. Si j’avais les idées de tout le monde, oui, mais...
En ce moment je dis tout haut que je me marierai à vingt- quatre ans.
Quand aurez-vous vingt-quatre ans ? m’a-t-il demandé ce soir.
Dans quatre ans.
Et c’est alors seulement qu’on pourra aspirer...
Oui, à cet honneur.
Et si je me présentais ?
Nous verrons cela dans quatre ans.
Je suis désespéré.
La vicomtesse de Brimond, la femme politique de notre maison, est très avenante. Elle a causé avec maman l’autre jour dans l’escalier et ce soir elle m’a saluée.