Journal de Marie Bashkirtseff

J'ai été interrompue hier par maman, Dina, Da Costa et Moraës qui sont restés à causer très tard.
J'ai pris un bain de mer et j'ai peint l'après-midi. Da Costa est parti. Ce soir grand concert, Sivori a joué comme un ange, du reste j'adore le violon. Après, grand bal mais je suis partie. Il y avait des dames chic, entre autres Mme Le Ghait, de Rome. Nous devions aller à une soirée chez elle... il y a de cela trois ans. Mais... Je commence à jouir de Dieppe à la veille du départ... Il fait beau et je m'abstiens de musiques, plages, Casino et autres abrutissements des villes d'été. Il faut aller à la campagne mais sans break et sans déjeuner au cabaret, ne dîner qu'à la nuit, vers sept heures et demie pour jouir du coucher du soleil... être libre enfin ! Mais en famille c'est impossible. J'ai déjà douze études à emporter... Maman et Dina sont restées au Casino avec Mme de Martellet et ses deux filles, des gens du monde. J'étais très élégante ce soir, une petite robe courte en tulle à pois, blanche, toujours drapée à l'antique. C'est-à-dire, derrière il y a un lé d'étoffe dont l'extrémité est retroussée de façon à ce que cela fasse une chose double et qui tombe droit jusqu'au bas de la jupe. Ensuite il y a deux lés qui partent du bas de la jupe derrière et qui viennent se croiser devant, couvrir les hanches et se joindre sous le lé de derrière. Un corsage pour la plupart du temps sans pinces, presque sans coutures que j'ajuste sur moi, et toujours une ceinture de satin.