Journal de Marie Bashkirtseff

Nous avons la visite de Blanc ! On l'avait plusieurs fois rencontré et il nous abordait comme si de rien n'était. Maintenant le voilà qui vient. Ça m'est égal sauf un petit sentiment de malaise pour commencer.
Tout se passe comme il y a un an, seulement la comtesse Couvelet a remplacé la femme Hongroise. Blanc m'apprend plusieurs choses que je savais et d'autres que je ne savais pas. [Le chevaleresque] Popaul donne le nom de sa maîtresse à sa femme. Il l'appelle Ninette pour ne pas se tromper. Ninette "bavarde toute la journée", à fatiguer un régiment. Elle prétend dicter ses articles de journaux au chevaleresque Popaul qui a magri mais en revanche Ninette a engraissé, pas de la ceinture [ajoute Blanc. Elle a la figure couverte de] boutons. Je suis dégoûtée rien qu'en l'écrivant. Vous rappelez-vous le superbe Popaul disant que s'il voit la moindre petite tache sur la figure d'une femme il en est dégoûté. Je n'ai rien demandé, Dina a questionné fort peu en plaisantant et le capitaine ne se faisait pas prier pour raconter.
Il dit que la femme de Paul parle beaucoup trop. Alors je lui ai dit avec un air sérieux que c'était la jeunesse. Il se récria.
- Mais sans doute Monsieur, elle a seize à dix-sept ans.
- Qui vous a raconté cela !
- Plusieurs personnes. Est-ce que cela n'est pas vrai ?
- Mais non, c'est une femme de... vingt-six ans.
Il en avoue déjà vingt-six... mais tout cela ce sont des niaiseries...
Je crois que c'est lui qui a mes lettres... Je m'en moque.