Voilà près de trente six heures que je ne cesse presque de pleurer. Je me suis couchée exténuée hier. Nous avions deux Russes à dîner Obidine et Sévastianoff gentilhommes de la Chambre de l'Empereur et Tchoumakoff et Bojidar.
Mais je n'étais bonne à rien.
Mon esprit sceptique et gouailleur était parti. Il m'est arrivée de perdre des parents et d'avoir d'autres chagrins mais je ne crois pas avoir jamais pleuré quelqu'un comme je pleure celui qui vient de mourir. Et c'est d'autant plus frappant qu'en somme cela ne devrait pas me toucher du tout, je devrais plutôt m'en réjouir. Hier à midi je quittais l'atelier lorsque Julian siffla la bonne qui mit l'oreille au tuyau et qui nous dit aussitôt passablement émue:
- Mesdames, M. Julian vous fait dire que le Prince impérial est mort.