Journal de Marie Bashkirtseff

Julian est entre en annoncant la mort de notre Empereur et j'en fus tellement saisie que je ne n'y comprends rien. Tout le monde s'est leve pour me voir: je devins blanche, des larmes dans les yeux, des levres tremblantes. Me voyant toujours me moquer de tout, l'aimable Julian a voulu rire, la verite est qu'un individu a tire quatre coups a bout portant et que l'Empereur n'a pas ete atteint.
Et Julian se tapait la cuisse et s'ecriait qu'il ne m'aurait jamais de sa vie cru capable d'une telle emotion. Mais, ni moi non plus. Je remercie le ciel qu'il ne m'a pas annonce le mariage ou la mort de quelqu'un d'autre car je crois que cela etait a cause du moment j'aurais tremble a n'importe quelle nouvelle. Enfin, l'Empereur ne compromet pas au contraire je ferai courir le bruit que je serai sa fille.
Nous sommes allees au concours hyppique; chez Gavini nous trouvons Multedo et Filippini, mais au concours une foule et personne exceptee la Randouin.
Je me suis fatiguee et ennuyee.
Puis je suis allee faire ma paix avec Caroline et me commander une robe.
Bojidar est venu diner et m'arranger mes livres; c'est un petit poseur bon enfant qui se croit un enfant gate, un type, un original qui a tout vu, tout lu, et auquel comme Berthe, il arrive toujours des evenements extraordinaires.
A propos de Berthe, elle est venue hier.
C'est curieux comme quand je suis seule je suis portee a l'elegie. Je me recite La Maison Blanche de Nadaud et je pleure ou il faut, quant a la musique, le monologue souligne d'Amneris dans le dernier acte "d'Aida" me donne autant d'emotions que j'en veux. C'est un morceau de musique extraordinaire et admirable.