Journal de Marie Bashkirtseff

Ce que j'envie c'est la liberté de se promener tout seul, d'aller, de venir, de s'asseoir sur les bancs des jardins des Tuileries et surtout du Luxembourg, de s'arrêter aux vitrines artistiques, d'entrer dans les églises, les musées, de se promener lé soir dans les vieilles rues, voilà ce que j'envie et voilà la liberté sans laquelle on ne pas devenir un grand artiste.
Ah ! cré nom d'un chien. Voilà quand je rage d'être femme. Je vais m'arranger. Des habits bourgeois et une perruque, je me ferai si laide que je serai libre comme un homme.
C'est une des grandes raisons pour lesquelles il n'y a pas d'artistes femmes. Oh ! crasse ignorance, ô sauvage routine.
Moi je tâcherai de la donner la société en lui montrant une femme quelque chose malgré tous les désavantages dont la comble la société.