Journal de Marie Bashkirtseff

Mon père déjeune chez nous. Il m'ennuie tout à fait et j'espère qu'il sent toute ma froideur.
Je prends un masque de nonchalance pour éviter de faire cas de toutes les allusions désobligeantes ou blessantes de ce personnage que je supporte pour Paul.
Il n'y a rien au monde de plus empoisonné que les paroles de cet homme qui est mon père.
— Mon Dieu mon cher, lui dis-je, ne faites pas la bête. Je ne suis blessée en rien, mais je suis ennuyée de voir que vous avez l'intention de me piquer.
Cet homme me désespère de la vie, ses paroles me glacent et me font l'effet d'un sort. Je le hais absolument.