Journal de Marie Bashkirtseff

J'ai rarement été plus triste que ces deux jours... Je travaille peu ce dernier temps et la vie domestique est insupportable ici.
L'ennemi le plus cruel ne réussirait pas à me noircir plus que le font mes mères. Indignée je leur réponds et j'ai l'air d'avoir tous les torts. Elles sont inconséquentes, oiseuses, hargneuses !
J'aimerais mieux une bonne fois, une belle tourmente que toutes ces petites inconséquences, manque de tact, niaiseries qui me font bondir, pleurer, mourir.
Cette bonne Mme Gavini, quelle femme vide et amusante et toujours gaie. Elle n'écoute jamais la musique et n'en fait jamais. Mais elle est si bonne pour moi; ce soir je l'ai surprise admirant mon oreille et ma joue avec un plaisir de mère.
J'ai rêvé que la femme de Cassagnac avait les bras couverts de poils noirs et qu'elle s'ajustait (toute nue) une tournure en crin devant et une derrière, cela lui faisait une sorte de jupe. Puis elle mit un turban de velours noir et parut extrêmement belle.