Journal de Marie Bashkirtseff

Une série de choses mirobolantes, Dourassoff est présenté aux princes par Fritz le sommelier. Je crois être bien malicieuse en disant Gans aux gens qui ne savent pas ce que cela veut dire.. On peut diviser la journée en tableaux qui auront chacun un titre spécial et très chic.
Une série de choses mirobolantes, Dourassoff est présenté aux princes par Fritz le sommelier. Je crois être bien malicieuse en disant Gans aux gens qui ne savent pas ce que cela veut dire.. On peut diviser la journée en tableaux qui auront chacun un titre spécial et très chic. Le Repas des fauves. Nous regardons de nos deux fenêtres manger les Gans qui font leur savant dîner composé de huit viandes, de trois compotes et de cinq salades. Mme Coubé avait pris le côté de Gans, moi celui de Schwarz, Abaza avec moi et M. Coubé. Ma tante, Dourassoff avec Mme Coubé.
Le Repas des fauves. Nous regardons de nos deux fenêtres manger les Gans qui font leur savant dîner composé de huit viandes, de trois compotes et de cinq salades. Mme Coubé avait pris le côté de Gans, moi celui de Schwarz, Abaza avec moi et M. Coubé. Ma tante, Dourassoff avec Mme Coubé. L'Illumination. Je suspens des lanternes vénitiennes et dispose des lampions sur mon balcon.
L'Illumination. Je suspens des lanternes vénitiennes et dispose des lampions sur mon balcon. La Chute du drapeau. Mühle apporte un drapeau tricolore, qui mal attaché tombe et fait que Schwarz verse à côté de son verre et fait un soubressaut absolument étranger à ses allures.
La Chute du drapeau. Mühle apporte un drapeau tricolore, qui mal attaché tombe et fait que Schwarz verse à côté de son verre et fait un soubressaut absolument étranger à ses allures. Le triomphe du drapeau tricolore !
Le triomphe du drapeau tricolore ! Rosalie l'attache avec des rubans de satin blanc, une vingtaine de mètres.
Rosalie l'attache avec des rubans de satin blanc, une vingtaine de mètres.
[Le vieux prince italien] que je vais inviter. Il ressemble tout à fait à une chauve-souris, son portrait est fait. L'incendie, Mühle apporte des lampions, je lui demande si le Kurhaus est assuré, sur l'affirmative je lui promets de tout faire pour lui faire gagner trois cent mille marks.
[Le vieux prince italien] que je vais inviter. Il ressemble tout à fait à une chauve-souris, son portrait est fait. L'incendie, Mühle apporte des lampions, je lui demande si le Kurhaus est assuré, sur l'affirmative je lui promets de tout faire pour lui faire gagner trois cent mille marks. Le Soir tout s'illumine.
Le Soir tout s'illumine. La Frayeur. Des pétards partent de tous côtés ; le petit Victor pleure, Mme Coubé s'évanouit presque ; je crie qu'il faut être passablement idiot pour ne pas prévenir les femmes nerveuses. Ouroussoff assure que c'est Rosalie et Wilhelm vient dire que "c'est M. Mühle qui fait ça".
La Frayeur. Des pétards partent de tous côtés ; le petit Victor pleure, Mme Coubé s'évanouit presque ; je crie qu'il faut être passablement idiot pour ne pas prévenir les femmes nerveuses. Ouroussoff assure que c'est Rosalie et Wilhelm vient dire que "c'est M. Mühle qui fait ça".
La Surprise. Feux de Bengale partout organisés par les princes ainsi que les pétards. Je soupçonnais des préparatifs mais je n'osais croire à tant de bonheur.
La Surprise. Feux de Bengale partout organisés par les princes ainsi que les pétards. Je soupçonnais des préparatifs mais je n'osais croire à tant de bonheur. La Jalousie. Paraît l'Anglaise. Les princes ne se font nullement présenter mais causent avec Dourassoff et se promènent avec nous tous, c'est assez curieux. Nous formons une chaîne et je dis en russe de ne pas laisser arriver l'Anglaise jusqu'aux Gans, c'est à quoi nous parvenons très bien. D'ailleurs ces idiots marchaient dans notre groupe et je disais à Dourassoff qu'il était bien gentil d'avoir imaginé cette surprise faisant semblant de ne pas même soupçonner que c'étaient eux.
La Jalousie. Paraît l'Anglaise. Les princes ne se font nullement présenter mais causent avec Dourassoff et se promènent avec nous tous, c'est assez curieux. Nous formons une chaîne et je dis en russe de ne pas laisser arriver l'Anglaise jusqu'aux Gans, c'est à quoi nous parvenons très bien. D'ailleurs ces idiots marchaient dans notre groupe et je disais à Dourassoff qu'il était bien gentil d'avoir imaginé cette surprise faisant semblant de ne pas même soupçonner que c'étaient eux. La Foule. Tout se que contient Soden de gens voisins du Kurhaus.
La Foule. Tout se que contient Soden de gens voisins du Kurhaus. Le Gendarme. Au milieu des réjouissances paraît un pompier pour maintenir l'ordre. Ouroussoff va trouver Rosalie et insiste pour qu'on rallume un lampion qui s'était éteint... par hasard.
Le Gendarme. Au milieu des réjouissances paraît un pompier pour maintenir l'ordre. Ouroussoff va trouver Rosalie et insiste pour qu'on rallume un lampion qui s'était éteint... par hasard. A dix heures nous nous installons souper pendant que les Gans vont et viennent et tournent autour de nous. D'ailleurs depuis deux jours je suis ravie, ils ne font que me regarder.
A dix heures nous nous installons souper pendant que les Gans vont et viennent et tournent autour de nous. D'ailleurs depuis deux jours je suis ravie, ils ne font que me regarder. Dix heures et demie. Dernier tableau.
Dix heures et demie. Dernier tableau. Trop tard ! Les gens de la montagne accourent mais tout est fini.
Trop tard ! Les gens de la montagne accourent mais tout est fini.
Repue de mes triomphes... (Rosalie avait raconté que c'est mon dix-huitième anniversaire, ces gens-là ont imaginé de le fêter) je rentre, je savoure mes succès et tout à coup j'éprouve un violent amour pour Paul de Cassagnac.
Repue de mes triomphes... (Rosalie avait raconté que c'est mon dix-huitième anniversaire, ces gens-là ont imaginé de le fêter) je rentre, je savoure mes succès et tout à coup j'éprouve un violent amour pour Paul de Cassagnac.

Notes

Paul de Cassagnac (1843-1904), né Paul Adolphe Marie Prosper Granier de Cassagnac, était un journaliste et homme politique bonapartiste français. Directeur du journal conservateur Le Pays, il était célèbre pour sa rhétorique politique enflammée, ses duels fréquents et sa défense passionnée de la cause bonapartiste. Marie suivait ses écrits politiques et l'idéalisait comme figure romanesque.