Journal de Marie Bashkirtseff

Madame de Hohenlohe est partie, il ne reste que les deux jeunes gens qui ont dîné à côté de moi à la table d'hôte aujourd'hui. Ils occupent le rez-de-chaussée du pavillon droit et nous le premier. Leur balcon est au-dessous du nôtre. Je chante et ils jouent du piano. D'après les racontars des domestiques, ils me trouvent jolie et bien faite. On me jette toujours mon derrière à la tête !
En Allemagne on en voit beaucoup de larges et plats, je n'en ai jamais vu d'aussi proéminant que le mien qui est une perfection... du genre.
A table, j'ai parlé avec le Dr. Tomachewsky de choses de science et puis Mme Antonsky et les autres ont parlé de professeurs, de Madame Abaza qui chante, et on a demandé le prix des leçons et on a dit que mon professeur d'anatomie recevait tant et un autre tant, etc. Il n'y a rien que je ne fasse et cela doit faire un effet ahurissant sur des hommes qui ne s'y attendent pas. A force d'être une femme universelle je deviendrai épouvantable... à moins de paraître divine...
Multedo écrit à maman... Cette phrase est incomparable, jugez-en: "J'ai été assisté par deux hommes politiques qui ont très bien mené l'affaire". N'est-ce pas pyramidal ce beau jeune homme assisté de ces deux hommes politiques qui ont si bien mené l'affaire ! Je regrette que ce pauvre garçon écrive des choses si grotesques.
Je me suis fait un bonnet de velours grenat comme le noir que j'avais à Paris... il y a des moments, des jours où ce bonnet, un chapeau, un voile, des cheveux ondulés et s'en allant en boucles en désordre... j'arrive ainsi quelquefois à pouvoir me qualifier de ravissante mais pour le croire il faut vivre avec moi et m'observer de près. [//]: # (2025-08-22T09:45:00 RSR: Marie's vanity reaches new heights as she analyzes German servants' gossip about her figure and her effect on the Hohenlohe princes. Her crude anatomical self-assessment shows both narcissism and surprising frankness. Her intellectual display at dinner - discussing science, anatomy professors, and music lessons - reveals her fear of being seen as "universal woman" who might become "terrible unless she appears divine." Multedo's pompous letter about being assisted by "two political men" provokes her mockery, yet she continues corresponding.