Une nuit sans sommeil, le travail depuis huit heures et des courses de deux à sept heures du soir... tantôt au Salon, tantôt à la recherche d'hôtels. Et avec tout cela les communards (ils ar
rivent tous les mois). Et cette diablesse de sante ne sert a rien ! Cette énergie s'use à n'être utile à rien. Je travaille... Oh ! la belle affaire, sept à huit misérables heures par jour qui ne me font pas plus d'effet que sept à huit minutes.
Nous avons visité un bel atelier, j'en frémissais d'aise en le parcourant; c'est que la vue seule d'un grand atelier bien éclairé vous [Mots noircis : fait croire] qu'on va faire de belles choses.
Pourtant si toutes les choses avaient tourné autrement quelle existence charmante ! Nous avons vu un architecte qui confectionne des hôtels ravissants, des petits palais pour peu d'argent.
Ainsi pour 100.00 francs on a un bijou de maison rue (Fortuny), près du parc Monceau. Donc pour 250.000 francs on aurait un hôtel tout à fait convenable, 100.000 francs pour l'orner. C'est dans nos moyens, en vendant la villa il nous resterait encore une cinquantaine de mille francs. [Mots noircis : Juste de quoi subvenir aux premières] installations et donner quelques fêtes.
Après les rentes suffiraient pour maintenir tout cela. D'un côté mon art qui ne chômerait pas, de l'autre d'autres occupations. Le tout avec 70 à 80.000 francs de rente. Je me contenterais de cette vie-là.... arrêtez ! Avec qui ? Pensez-vous que cette médiocrité me sourirait si je ne sous-entendais une association qui lui donnerait tout ce que les millions peuvent donner, vague célébrité, agitation, centre intelligent et élégant. Il y a deux misérables à Paris capables de remplir ces conditions.
Vous les connaissez, avec l'un deux il y aurait peut-être comme une royauté dans le futur, avec l'autre on se bornerait à s'asseoir tout en bas d'un trône... chanceux, problématique-mais si cela même n'arrivait pas il y aurait toujours eu une existence en vue, agitée et amusante sans compter une petite chose qui est beaucoup... le bonheur intime.
Avec Gambetta on aurait plus de 80.000 francs de rente. A lui seul il en a autant et puis je suppose qu'en se mariant il userait de tout ce qu'il a volé et mettrait cet argent sur le compte de la dot.
Avec Gambetta oh ! un tas de choses; même l'autre. J'allais dire : mais Gambetta est laid, mais puisque je deviens immorale cet argument n'a plus de valeur... Tandis qu'avec l'autre il n'y aurait pas eu d'autres puisque l'autre serait lui dans le cas Gambetta. Voilà à quelles blagues je m'occupe au lieu d'aller dormir, il est dix heures et j'en ai besoin.
Demain je vous dirai sérieusement ma vraie opinion, mon opinion intime qui n'est créée ni par les choses ni par les hom
mes. Je le dirai même ce soir. Cassagnac ou un autre peut me rendre bonapartiste ou autre chose sur parole, mais dans mon cœur, mon âme, mon esprit je suis républicaine.