Journal de Marie Bashkirtseff

Yorke et Berthe arrivent et la première me montre une lettre de Cassagnac qui s'excuse pour ce soir mais qui la prie de demander à ses amies s'il peut sans être indiscret leur demander à dîner samedi ou dimanche.
Bien. En attendant Blanc et ces dames viennent dîner et le soir nous allons comme c'était convenu aux Folies-dramatiques. Deux avant-scènes réunies, quatre femmes dont une derrière un rideau et trois hommes, Messieurs de Lindemann, d'Andigné et de Morgan de Mauricourt (faubourg Saint-Germain et 200.000 francs de rente).
Le comte de Lindemann était attaché à ma personne, il nous a apporté une quantité de violettes et des bonbons.
Je n'ai rien entendu de la pièce et peu de ce qui s'est dit dans la loge. M. Goldsmid et un autre sont venus causer avec Mme Yorke... Dina a demandé à d'Andigné si c'est vrai qu'il y avait au dernier bal un masque qui l'a intrigué, on lui avait parlé d'un domino qui ne le quittait pas. Il s'est justifié en disant que ce n'était pas pour lui mais bien pour Monseigneur mais que la dame lui avait promis pour récompenser ses services de lui fixer un rendez-vous.
Dans un petit théâtre et avec Mme Yorke certes on se serait permis des propos indignes d'une église mais, je me rends cette justice, au bout de dix minutes je m'étais entourée de tout le respect imaginable.
J'étais en noir. Mme Yorke y était pour une intrigue du dernier Opéra; les hommes s'en moquent et elle ne doute de rien...
Au retour je retrouve encore Blanc qui a bien vieilli.
Monsieur de Morgan qui admire beaucoup Cassagnac comme homme politique m'a demandé s'il était aussi bien dans un salon. Lui et Lindemann ont parus intéressés lorsque Mme Yorke leur eut dit que nous connaissions l'homme du jour. Car il l'est devenu tout à fait ce misérable.
Je lui voulais écrire ce que voici mais on m'a déconseillée et j'ai envoyé simplements ces mots :
Cher Monsieur
Maman me charge de vous dire qu'elle sera charmée de vous avoir à dîner dimanche.