* Florence, 20 février 1878 Chère Demoiselle,
Arrivé à Menton où j'étais allé voir mon frère gravement malade je trouve vos aimables lignes et pour ne pas vous faire languir je vous ai télégraphié la réponse. Le carnaval est nul cette année et la mort du Roi et du Saint Père ont tué toute espèce de divertissement, en revanche le temps est ravissant et le soleil est superbe et tout cela vaut tous les confetti du monde, venez donc tout de même et vos amis vous recevrons avec toute l'admiration et tout le respect qui vous est dû. Melissano est ici ainsi qu'Alexandre lequel vient de casser le timon de sa voiture il est devenu très sage et commence à justifier toute la sympathie qu'on a pour lui. Je termine à la hâte ne voulant pas retarder le départ de cette lettre.
A Monte Carlo j'ai rencontré M. des Perrières du Figaro qui m'a annoncé votre mariage avec M. P. de Cassagnac. J'y ai cru un instant vu votre silence obstiné, mais avec un peu de raisonnement j'ai facilement abandonné cette idée et je crois que je ne me suis pas trompé. Cacheriez-vous une chose si importante à un ancien ami comme moi ?
Mille gracieusetés à votre famille et croyez-moi toujours votre très dévoué serviteur.
F. de Marcuard
Vous avez lu cette lettre ! Que c'est détestable de la part de ce des Perrières.
J'écris immédiatement et en présence de Blanc une réponse
^3^ Ibid. p. 187
à Marcuard, ayant écrit j'ai voulu mettre quelques violettes dans la lettre [Mots noircis] de la phrase suivante : Je vous envoie quelques violettes qu'on nous envoie de Nice. Je sais bien qu'elles ne valent pas les roses de Florence!! et j'avais écrit cette phrase parce que depuis dix minutes maman me tourmentait pour que je demande des fleurs à Marcuard. A peine avais-je pris les malheureuses violettes que Madame ma mère me dit en russe, de ne pas le faire parce que : tu as envoyé des violettes à Alexandre et tu en envoies à celui-là et Alexandre va lui dire que tu veux avoir une amourette avec lui aussi.
Naturellement j'ai de suite jeté ma lettre dans le feu, me mis à demi couchée sur un canapé tout ennuyée, toute détestable, toute offensée.
Voilà comment chaque imbécile peut me disloquer les esprits pour vingt-quatre heures.
Je me coucherai tard et je serai laide demain.