Journal de Marie Bashkirtseff

J'ai été dans le quartier de l'Ecole de Médecine, partant là-bas, chercher divers livres et plâtres. Chez Vasseur, vous savez bien Vasseur qui vend toute espèce de formes humaines, squelettes etc, eh bien j'ai là des protections et on a parlé de moi à M. Mathias Duval, professeur d'anatomie aux Beaux Arts, et à d'autres et il va venir quelqu'un pour me donner des leçons.
Je suis ravie, les rues étaient pleines d'étudiants qui sortaient des écoles, ces rues étroites, ces boutiques de luthiers, tout cela enfin.
Ah ! sapristi, j'ai compris la magie si l'on peut s'exprimer ainsi, du Quartier latin.
Je n'ai de la femme que l'enveloppe, et cette enveloppe est diablement féminine; quant au reste il est diablement autre chose. Ce n'est pas moi qui le dis, puisque je m'imagine que toutes les femmes sont comme moi.
Parlez-moi du Quartier latin, à la bonne heure, c'est là que je me réconcilie avec Paris, on se croit loin presque en Italie... dans un autre genre, je m'entends.
Les gens du monde, autrement dit les bourgeois ne me comprendront jamais. Aussi c'est aux nôtres que je m'adresse.
Jeunes misérables, lisez-moi !
Ainsi ma mère est horrifiée de me voir dans une boutique où on voit des choses... oh ! des choses. Des "paysans nus". Bourgeoise ! Quand je ferai un beau tableau on ne verra que la poésie, la fleur, le fruit... On ne songe jamais au fumier. Je ne vois que le but, la Fin. Et je marche vers ce but.
J'adore aller chez des libraires et des gens qui me prennent grâce à mon costume modeste, pour une Breslau quelconque; on vous regarde d'une certaine façon bienveillante, encourageante, tout autrement qu'avant.
Un matin je suis allée avec Rosalie à l'atelier, en fiacre. Pour le payer je lui donnai une pièce de vingt francs.
- Oh ! ma pauve enfant, je n'ai pas à vous rendre.
C'est si amusant.
Blanc est chez nous.