Hall m'écrit encore.
Il fait gris et humide. Je ne vis que dans le mauvais air de l'atelier. La ville, le Bois c'est la mort.
Je ne travaille pas assez.
Je suis jeune, oui, je sais mais pour ce que je voulais moi... je voulais être célèbre à l'âge que j'ai pour n'avoir besoin d'aucune lettre de recommandation. Je l'ai sottement et mal voulu puisque je n'ai fait que le vouloir.
J'arriverai quand la plus charmante des trois jeunesses sera passée, celle pour laquelle je voulais tout. Pour moi il y a trois jeunesses. De seize à vingt. De vingt à vingt cinq et de vingt cinq à... à comme on veut. Les autres jeunesses qu'on a inventées ne sont que des consolations et des bêtises.
A trente ans commence l'âge mûr; après trente ans on peut être belle, jeune, plus jeune même mais ce n'est plus le même tabac comme dit Alexandre Lautrec, le fils de celui de Wiesbaden.
Dans l'après-midi on ne peut guère compter que sur deux heures, si on décompte les repos et l'installation. La lumière baisse si vite. Le soir une heure et demie, ça fait trois heures et demie et le matin trois heures. En tout près de sept heures par jour : la célébrité même petite, même de chic comme on dit à l'atelier à dix-huit ans serait suffisante. Mais à vingt-cinq on demande du vrai, et puis... et puis.
J'ai perdu cinq ans ! A quatorze ans je pouvais travailler avec autant d'intelligence que maintenant.
Misérable, infâme.