Journal de Marie Bashkirtseff

Le modèle était laid et tout l'atelier refusa de le faire. Je proposai d'aller voir les prix de Rome, exposés aux Beaux Arts. La moitié à pied et nous, Breslau, Mme Sinanidès, Zulart et moi en voiture. L'exposition est finie d'hier. On se promène à pied sur les quais, on regarde les vieux livres et les vieilles gravures, on cause arts. Puis en un fiacre découvert on va au Bois. Me voyez-vous ?
Je ne voulais rien dire, ce serait gâter leur plaisir. Elles étaient si gentilles, si convenables et nous commencions juste à ne plus nous gêner. Enfin tout serait pas trop mal si on n'avait pas rencontré le landau qui se mit à nous suivre; je faisais signe au cocher de ne pas devancer, on me voyait et je le savais mais je ne me souciais pas de leur parler devant mes artistes. J'avais ma calotte sur la tête, j'avais un air échevelé et gêné.
Naturellement ils étaient furieux et surtout vexés de me voir si abaissée. J'étais terriblement embêtée. Bref... une chose ennuyeuse.
A dîner Mme Doubelt et sa demoiselle. Le soir les deux princes Zurlo, M. des Perrières, Vascancellos. Mme Doubelt a joué. Puis la baronne.
Cette baronne va avoir une maison où on jouera qui sera réellement à Mme Doubelt sous le nom de la baronne. Ce sera comme il faut... jusqu'à un certain point, il y aura la princesse, Mme Kanschine, Voronine, tout cela enfin ! Des dames du grand monde, très lancées.
J'ai causé avec M. des Perrières, avec les autres c'était trop difficile. Curieuse particularité, [Mots noircis : tous les cavaliers lou] chaient excepté des Perrières.