Journal de Marie Bashkirtseff

Breslau a reçu beaucoup de compliments de M. Robert-Fleury, moi pas. L'académie était assez bonne mais la tête pas. Je me demande avec terreur quand j'arriverai à bien dessiner.
Il y a juste quinze jours que je travaille, naturellement excepté les deux dimanches. Quinze jours !
Breslau travaille depuis deux ans à l'atelier et elle a vingt ans. J'en ai dix-huit. Mais Breslau a beaucoup dessiné avant de venir ici.
Et moi ! Misérable.
Nous étions au théâtre, entendre "Paul et Virginie."
Une avant-scène dont on a enlevé la séparation. Maman, ma tante, Dina, moi, Mme Doubelt, Melle Dolmatoff (parente et demoiselle de compagnie), la baronne Lisinger vieille, drôle et laide. Le comte Pousslowsky, le prince Zurlo de Naples et son fils, le petit Vasconcellos et encore un monsieur. Des bonbons, des toilettes. J'avais ma robe des courses de Naples et de l'explication si charmante avec le plus beau de tous les Larderei. Vous savez que toute cette histoire a été menée, accomplie... ce que vous voulez enfin aux accompagnements de "Paul et Virginie." C'eut été charmant si ce n'était si désagréable.
Imaginez-vous seulement ! J'ai causé, j'ai parlé, je me suis tenue enfin comme une demoiselle comme il faut.
Je crois que les gommeux du parterre nous ont remarqués et même ils étaient intrigués et puis une certaine impression que je ne m'attribue pas ! Oh non.
J'ai vécu, et à présent je ne sais plus ce qui se passe. J'ai eu des ennuis chaque fois, ce qui m'a ôté la faculté de m'amuser de tout cela.
Je ne dessine que depuis quinze jours...
J'ai peur que Mme Doubelt et compagnie ne soit une société risquée pour des jeunes filles.
Comme cette Breslau dessine bien et avec ça elle ressemble tant à Larderei. Maman a pleuré s'imaginant que les airs de cet opéra me rappelaient des choses amoureuses... ennuyeuses, oui.
Tout m'a été contraire. J'en rage à ronger du fer II... d'autant plus que c'est passé et que rien ne retirera ce vilain morceau de mon existence.