Journal de Marie Bashkirtseff

Les robes vont mal et m'irritent pour tout le reste. Rien de détestable comme les contrariétés stupides.
Courses à la recherche d'appartements.
Georges n'a plus le sou. Ce soir comme maman l'invitait à dîner à la table d'hôte, il dit :
- Donne-moi ces six francs et je dînerai pour trois.
Il avait des larmes plein les yeux.
Et pendant que cet homme aux cheveux gris déjà, cet homme presque vieux, usé, malheureux, pleurait sur le balcon du Grand Hôtel, grand-papa allait dîner avec la majesté d'une idole stupide, insensible, imbécile, révoltante ! Il ne comprend pas qu'un homme ait besoin d'argent, d'habits, de manger. Il donne de l'argent quand il peut ou quand ça lui vient et quand il en donne il croit faire un cadeau. Appétit excellent, conscience tranquille, parfait contentement, adoration de Renard dans lequel il a mis tout son orgueil, et c'est tout ! Et on dit qu'il a toujours été le même. Les derniers quatre à cinq ans il était aveugle et s'était changé pour le mieux, et à présent de nouveau comme avant.
Que Dieu le pardonne, et Dieu pardonnera car cet homme n'a pas conscience qu'il n'agit pas bien. Et que Dieu me pardonne à moi aussi de juger mon grand-père.