Lundi 27 août 1877
Je n'aime pas Wiesbaden, nous y sommes encore à cause d'un mal de tête de maman.
Il y a beaucoup de monde à saluer à la promenade, mais c'est ennuyeux à périr ici. Lautrec tant bien que mal fait manger le temps en racontant des histoires avec cet accent inimitable et cette bonhomie si fine que je ne connais qu'à lui.
Batourine a soupé avec nous au Kursaal, nous l'avons attrapé avec le théâtre et le feld-maréchal, après quoi Lautrec demanda comment pouvait se sauver un lièvre [une feuille enlevée par Marie] qu'on a jeté dans un puits vide et sans issue.
Ah ! je ne sais pas, dîmes-nous, voyons, comment ?
Mais, répondit-il, c'est l'affaire du lièvre.
Tout cela est vieux et bête si vous voulez, mais la façon de raconter est tout.
Je suis élégante, aussi jolie que je puis l'être, gentille, convenable. [Rayé : C'est pour me taquiner que je suis bien... puisque c'est trop tard.] Mais à quoi [Rayé: maintenant] bon à présent ? Il est trop tard. Si j'avais été ainsi alors... tout aurait été autrement. Et à présent il est trop tard.
J'ai ajouté une clause à ma prière de tous les soirs, cinq mots : Protégez nos armées, Mon Dieu. Je dirais bien que je suis inquiète mais dans des intérêts si grands, que suis-je pour dire quoi que ce soit. Je déteste les compassions oisives. Je ne parlerai sur notre guerre que si j'y pouvais quelque chose.
Je me borne à persister quand même, à admirer notre famille impériale, nos grands-ducs et notre pauvre, cher Empereur.
On trouve que nous allons mal. Je voudrais bien voir les Prussiens dans ce pays sauvage, aride, rempli de traîtres et de ruses. Ces excellents Prussiens marchaient dans un pays riche et fertile comme la France où à chaque instant ils trouvaient des villes ou des campagnes où ils avaient à boire, à manger et à voler. Je voudrais les voir dans les Balkans. Sans compter que nous nous battons tandis qu'eux achetaient pour la plupart et puis faisaient une boucherie d'hommes.
[Trois lignes cancellées]
Nos braves meurent comme des brutes disciplinées disent les gens, de parti pris, comme des héros disent les honnêtes gens.
Mais tout le monde est d'accord pour dire que jamais encore on ne s'est battu comme se battent les Russes à présent.
L'histoire vous le dira.