Georges est menacé de prison, de quoi on avertira l'ambassadeur. Comme c'est très, très ennuyeux, nous avons prié le baron d'aller chez le préfet de police, et le préfet a accordé un délai de vingt-quatre heures pour donner le temps à ce cher monsieur de filer. Nous allons donc payer ces misérables dettes et l'expédier quelque part. Comme je n'aime pas à être faussement généreuse, je vous dirai que je le fais pour moi. Il m'est impossible de demeurer dans la même ville avec ce cher oncle. Sa Silène l'a définitivement abandonné et il est si désespéré, si malheureux, si fou, que cela fait mal à voir. Je suis toute dérangée de le voir ainsi.
J'ai rêvé d'Alexandre. Ma tante et maman disent qu'il finira comme Georges. Jamais ! Jamais, parce que s'il avait le malheur de tomber dans un tel état je l'en tirerais; je lui payerais une vie douce et commode et le surveillerais... Et aussitôt je me demande si je le ferais pour d'autres... Mon Dieu oui, pour tous ceux qui ne m'auraient pas fait trop de mal. Ainsi il n'y a en ce moment qu'un seul homme que je laisserais pourrir, c'est Antonelli. Quant à mon père je le secourerais par mépris et par devoir. Ce pauvre Audiffret je l'aiderais avec plaisir... d'ailleurs j'aiderais tous ceux qui s'adresseraient à moi autant que je pourrais. Et Antonelli aussi, si je ne sais au juste comment je me comporterais envers lui c'est que je crains qu'il ne pense que ma dureté vient de ma colère et mon secours de mon amour. Je le méprise profondément et il me serait pénible en vérité s'il pensait que je sais qu'il existe.
Oui, je ferais pour tous la même chose seulement s'ils m'en priaient ou si l'on priait pour eux, tandis que je viendrais en aide à Alexandre de mon propre mouvement; mais je le raconterais peut-être aux miens... ce serait une espèce de pose innocente. Peut-être me contenterais-je de le raconter à mon journal, c'est le plus probable.