Toute la nuit je suis poursuivie par trois serpents qui m'enlacent, me mordent et que je finis avec des peines inouïes à couper en morceaux et à écraser.
Antonelli semblait présider à cet affreux combat. Il se trouve sans doute quelque charmante calomnie par là.
C'est la première journée chaude, Savitch est venu me voir peindre. Ensuite nous étions au Skating où il n'y eut que Vigier et trois Russes et, excepté le professeur, pas un homme. Soroka n'y vient plus.
J'avais si soif que je dus acheter une bouteille de champagne, j'en bois très rarement et par caprice; c'est bizarre je ne m'ennuie pas du tout ici, si peu de chose nous suffit pour rire; le défaut de prononciation de Lise qui ne sait pas dire £ est tout une affaire, on lui compose des phrases comme celle-ci par exemple :
Les trois camarades Larderei, Bernardaki et Grottaminarda raisonnent du Théâtre Français en buvant trente-trois verres de Roederer. Et elle commence par dire : Les touas camaouades Laoudéel etc. etc. Walitsky se pâme, et nous nous mettons à parler de Melissano puis, s'échauffant graduellement, Dina se lève et cela finit par une tarentelle. J'avais envie de boire quelque chose d'extraordinaire, avec Lise nous sommes allées faire du chocolat dans la cuisine à gaz où maman fait ses confitures; puis on a pris ce chocolat pendant que Madame Kondareff se lamentait de cette vie de couvent, un vrai sérail avec Walitsky pour ennuque. Puis nous avons fait hurler les chiens, puis j'ai été voir grand-papa et, ayant enfin épuisé toutes ces occupations je suis allée lire, jouer des chansons napolitaines et enfin me sentant très fatiguée, je me mis à poursuivre Rosalie avec... des puces vivantes prises sur le dos de Prater.
Après quoi je me suis soigneusement lavé les mains et brossé les ongles.
Et maintenant...
Il n'y aura que trois semaines demain que je suis à Nice. On dirait trois mois, trois ans.