Je me réveille radieuse: Larderei a envoyé le coupon pour la loge de ce soir et sa carte. Il s'est occupé de nous.
Revenu à neuf heures du champ de courses il dort, pauvre fils.
Nous avons été chez les Fabbricatore, malgré moi j'ai parlé de Larderei tout en tachant de le masquer par Melissano.
J'ai la fièvre, mes joues brûlent et j'ai froid et les mains sont glacées. Je n'ai pris qu'une tasse de café ce matin. A présent il est onze heures du soir.
Larderei est venu, profané par Melissano. Après tout ce que j'ai écrit hier je le voyais là devant moi, un étranger voilà tout. Cela m'a donné un peu froid. J'ai fait les cartes à Melissano, baissant les yeux, rougissant et ayant l'air si étrange que Larderei m'a demandé :
- Qu'avez-vous ? Vous étiez charmante hier.
- Je suis furieuse. J'ai faim.
Maman est rentrée en ce moment, ces messieurs n'attendaient qu'elle pour fixer définitivement le départ pour Sorrento, on les attendait dîner. Ce Larderei avec sa suite, veut nous isoler des autres. Je reconnais bien cet esprit d'invasion. Rien de nuisible comme cela. Si j'ai eu la faiblesse de consentir à n'emmener que Melissano et Marcuard, je ferai une autre partie où il y aura tout le monde.
Marcuard est toqué sur une passion chimérique pour l'impératrice Eugénie qui le reçoit. Cela lui a donné un air distingué.
Ah ! Larderei fait de moi ce qu'il veut comme tous ceux à qui je tiens un peu.
En s'en allant il me tendit les mains, je lui donnais les miennes, comme à un Barnola. Je ne m'en suis aperçue qu'une demi-heure après son départ.
Voici une lettre que je viens de recevoir de Mouzay, lisez-là et ma réponse que voici vous éclairera :
"Votre lettre me ravit. C'est tellement vrai tout ce que vous dites que je l'ai pensé cent fois moi-même. Seulement vous exagérez ma valeur vraiment. Je valais peut-être quelque chose mais tous ces voyages m'ont abrutie. "
J'ai toujours mal à la gorge et le climat de Naples me fera peut-être du bien. Ne prenez pas trop au sérieux ce que j'écris ce soir, je suis mélancolique et je vois tout sous un crêpe. Cela arrive à tout le monde. Je pense avec bonheur que dans un mois nous serons installés à Paris d'où je ne veux plus sortir.
Les oreilles coupées ont leur charme pour ceux qui les coupent. Mettez-vous en colère, écrivez-moi tout ce que vous voudrez, cela m'entretiendra dans un état d'esprit à peu près sain. Je suis moi-même lasse de moisir, vos paroles me révoltent contre moi et contre tous, j'allais m'endormir tout à fait sans vos injures que j'apprécie et comprends.
Pensez-vous que je n'aie pas mille fois ruminé cent cinquante projets ? Eh Bon Dieu ! Mais à quoi sert ? Hier j'étais gaie, ce soir je suis énervée. Maman et Dina sont à San Carlo. Je suis restée à la maison, ce qui a causé à la maison une petite escarmouche domestique dans laquelle j'ai joué un rôle tout à fait passif. Depuis quelque temps je suis si raisonnable et tranquille que c'est effrayant. Je m'ennuie !
Qu'est-ce que vous voulez qu'on y fasse ! Je ne puis donc pas m'amuser à me monter la tête pour un imbécile ou même pour un homme d'esprit. Ce genre de divertissement ne me sourit que comme un accessoire indispensable. Je crois que j'écris des bêtises, ne prenez de la lettre que ce qu'il faut. Les sérénades continuent voudriez-vous que cet Espagnol amusement me fût interdit ! Bon Dieu que vous êtes sévère. Ça m'est égal à distance, nous vous embrasserons quand même à Paris. C'est un tas de choses qui me retiennent à Naples. Je vous raconterai tout cela. C'est vide mais cela fait passer les journées.
Vous savez que c'est le mari de Madame, c'est-à-dire mon père très estimé qui a causé les désordres de cet hiver.
Sans lui nous serions depuis longtemps tranquilles et même agités à Paris, jouissant etc. etc. etc.
Au revoir, injuriez-moi plus souvent cela me fait un bien immense. Tout à fait à vous. Marie.
[Demi page blanche]
Maman vient me raconter que Marcuard, Melissano et Bijou ne sont pas sortis de sa loge, et que Bijou lui a continué ses confidences. C'est ce qui me fait sauter ! Je ne sais comment Madame a emporté une bague à lui. Je fais la folle avec et m'endors avec cette bague près des lèvres.
Documents sur le pape Alexandre XI Borgia, [manque dans le manuscrit]
Dubium, illusio, Deceptio Oppresio
Gloriae Cupiditate