Journal de Marie Bashkirtseff

Il y a une supercherie de mon père à raconter, il m'a offert de payer mon voyage, mais sous une forme incompréhensible, je ne compris seulement pas ce qu'il voulait dire, et comme je refusais ne sachant quoi, il s'écria que puisque je ne voulais pas : "Tant pis".
C'est un adroit coquin, non pas adroit puisque je dis coquin. Je jouai de nouveau, et que faire ! J'ai bien passé une heure à traduire Gogol, mais cette photographie vivante de Rome m'excite trop pour que je puisse m'y appliquer. Le Rome de Mme de Staël paraît affectée et presque faible.
J'ai lu jusqu'à ce moment.... je suis dégoûtée de mon journal, envieuse, découragée...
Rome je ne peux rien dire de plus.
Je suis restée cinq minutes avec ma plume en l'air et je ne sais que dire tant mon cœur est plein. Mais le temps approche et je vais revoir Antonelli. Mon Dieu faites que je ne sois pas obligée de le tuer (et pardonnez cette fanfaronnade).
[Marie est passée de la page 153 à 160, mais rien ne semble manquer]
Revoir Antonelli me fait peur. Et pourtant je crois que je ne l'aime pas, j'en suis même sûre.
Mais ce souvenir, mais mon chagrin, mais l'inquiétude sur l'avenir... la crainte d'un affront... 0 que ce mal revient souvent sous ma plume et qu'il est odieux.
Vous pensez que je veux mourir ! Fous que vous êtes ! J'adore la vie telle qu'elle est ! Et les chagrins, les déchirements, les larmes que Dieu m'envoie, je les bénis et je suis heureuse !
Au fait... je me suis tellement faite à l'idée d'être malheureuse qu'en rentrant dans moi-même, enfermée seule chez moi, loin du monde et des hommes, je me dis que je ne suis peut-être pas trop à plaindre..
Pourquoi pleurer alors ? [//]: # ( 2025-07-22T20:40:00 RSR: Entry extracted from book 9 raw carnet, lines 5821-5847. Marie's father attempts another deception regarding travel payment, offering help in deliberately incomprehensible terms so he can claim she refused when she doesn't understand. She calls him "un adroit coquin" (a clever rogue). Gogol's Rome description overwhelms her ability to focus on translation work. The approaching return to Italy and inevitable encounter with Antonelli terrifies her - she prays God won't force her to kill him, asking forgiveness for the "fanfaronnade." Despite her trauma, she passionately declares her love of life: "J'adore la vie telle qu'elle est!" She has grown so accustomed to unhappiness that solitude makes her wonder if she's not truly pitiable after all. )