Journal de Marie Bashkirtseff

Un jeu de plus de trois mille francs et le soir un troupeau de [Mot noirci: chasseurs] de Poltava. J'ai chanté un grand air, et puis comme on était à table entre les fruits et le champagne, je chantai des couplets... Grand succès. Michel était ivre et hurlait des chansons, ce fut un prétexte pour rire.
Pendant une heure tout alla bien, mais au bout d'une heure j'éprouvai une grande envie de les envoyer tous au diable, un monsieur surtout qui voulait à toute force me parler de musique, je l'écoutais, je l'écoutais enfin je levai la tête... encore un instant et je lui disais : ah ! ça, est-ce que vous pensez continuer longtemps encore ? Je me retins à temps et le reste s'est bien passé.
A dix heures je donnai le signal du départ et mon père rentra avec moi dans ma chambre. Nous eûmes une conversation quant aux arrangements de cet hiver et comme je vins à parler de ces chevaux bienheureux qu'Alexandre cherche et qu'on ne me trouve pas, ce qui m'enrage, comme je priai mon père de m'accompagner dans le gouvernement d'Orel où se trouvent les meilleurs haras de Russie, il me fit cadeau de ses deux chevaux isabelle.
C'est toujours quelque chose, ces bêtes-là valent bien de dix à quinze mille francs.
Paul conduisit ces saligauds dans la maison rouge. On les a invités pour demain, demain grande chasse au loup.
[Annotation:! 880. Je n'ai jamais reçu ces chevaux, mon père s'en sert encore et j'avais laissé six cents roubles pour leur voyage.]