Mercredi, 27 août 1876 (15 août) - Miloradovitch Reunion
Au milieu du dîner aurriva mon ancien...
Il y a six ans de cela nous étions à Odessa, maman voyait souvent Mme Miloradovitch et Gritz venait tous les jours chez nous, jouait avec Paul et me faisait la cour, m'apportait des bonbons, des fleurs, des fruits. On riait de nous et Gritz disait qu'il n'épouserait jamais une autre femme que moi, à quoi un monsieur je sais plus lequel ne manquait jamais de répondre :
— Oh ! ho ! quel garçon, il veut un ministre pour femme.
Les Miloradovitch nous reconduisirent jusqu'au bateau à vapeur qui devait nous conduire à Vienne. J'étais excessivement coquette, j'avais oublié mon peigne et Gritz me donna le sien et au moment des adieux nous nous sommes embrassés avec la permission des parents.
"Jours fortunés de notre enfance
Où nous disions, maman, papa !
Jours de bonheur et d'innocence
Ah ! que vous êtes loin déjà."
— Vous savez adorable cousine, Gritz est un peu bête et un peu sourd, dit Michel pendant que Miloradovitch montait les marches de la galerie du restaurant.
— Je le conais bien, cher gommeux, il n'est pas plus bête que vous et moi, et il est un peu sourd à cause d'une maladie et surtout parce qu'il met de la ouate dans les oreilles de peur de se refroidir.
Plusieurs personnes déjà s'étaient approchées et ont donné la main à mon père grillant d'être présentées à la fille qui arrive de l'étranger, mais mon père n'en fit rien en faisant des grimaces de dédain. Je craignais déjà qu'il n'en fût de même avec Gritz.
— Marie, permettez-moi de vous présenter Grigori levitch Miloradovitch dit-il.
— Nous nous connaissons depuis longtemps dis-je en tendant gracieusement la main à mon ami d'enfance.
Il n'a pas du tout changé, le même teint éclatant, le même regard terne, la même bouche petite et légèrement dédaigneuse, une moustache microscopique. Parfaitement mis et d'excellentes manières.
Nous nous regardions avec curiosité. Michel faisait des grimaces sarcastiques. Papa clignait des yeux comme toujours.