Samedi, 7 novembre 1875
Voilà une curieuse journée. Carnaval turc, assemblée bizarre, réception de Choufleuri ! Je ne sais comment la nommer. Je m'y perds, et je me sens tout comme si on m'avait trempé avec la tête dans un bassin d'eau sale.
C'est aujourd'hui que M. de Antonoff inaugure sa maison.
Nous lui faisons l'honneur d'accepter son humble invitation.
J'ai une grande robe de laine blanche, unie et longue, de longs gants et un chapeau de paille recouvert de plumes blanches. Je me trouve suave.
Les cartes m'encouragent tout en me promettant des noirceurs du roi noir.
A deux heures plusieurs voitures stationnent devant le petit hôtel n°121, comme disait le Surprenant, celle de Fiouloulou aussi, nous l'emmenons avec nous, il ne connaît pas de Antonoff. D'ailleurs il a demandé qui il faut inviter, et ma tante lui a dicté les noms et il a invité. Puisqu'il l'a dit dix fois, cette fête se fait en notre honneur.
On va bien chez son commis ou chez son intendant quand il inaugure sa maison, ou baptise son enfant, pourquoi ne pas aller chez Antonoff ?
Les Sapogenikoff avec Dina partent les premiers, le Surprenant les devance de sorte qu'elles le trouvent se promenant sur la terrasse.
— Vous arrivez toute seule ? demanda-t-il à Dina qui entrait la première.
— Non Monsieur, je viens avec Mme Sapogenikoff.
— Et Mlle Bashkirseff ne vient pas ?
— Non, elle vient derrière nous.
Olga fit une grimace, et son nez s'inclina encore plus d'un côté.
J'entre avec une superbe condescendance, Antonoff, la Daniloff et les domestiques nous ont reçus dans la cour.
Dans le petit salon de droite sont, Audiffret, Saëtone et Cresci.
Ne vous étonnez pas de voir Cresci, vous en verrez bien d'autres. Toute la presse et le tapissier Morel avec Madame sa tapissière.
Bihovetz, Gautier et un docteur Figuiera sont des invités. Vrai, je ne sais comment raconter cette drôle de journée, de deux à six heures on ne fait rien, on erre de chambre en chambre, on va dans le cabinet de toilette de Monsieur, on ouvre ses armoires, on en tire des chapeaux de fourrure, on les essaye, on chante, on rit. Saëtone et Gautier assis sur le canapé chantent des airs d'"Alice de Nevers", nous faisons chorus; puis on passe dans la chambre à coucher, là on s'assied au moins Olga, Audiffret, moi, Dina et Marie. On admire mes pieds, Audiffret prie de les laisser voir.
— Au fait, dis-je, puisque je les ai montrés à M. Antonoff, regardez !
Et je montrai mon pied et on redoubla de compliments. Au bout de quelques minutes d'une conversation générale je m'en allai, je ne sais pourquoi, je crois parce que je craignais qu'il s'en allât, et parce que je me sens gênée et agitée en sa présence quand il me crache dessus. Lui-même est gêné. Tout le monde erre ou s'évite, on se traîne par les chambres comme les ombres des sospesi sans plaisir et sans ennui.
Dans le salon de droite était Audiffret avec deux autres, et je parlais à Saëtone près de la porte, et un léger rayon de soleil illuminait mon frais visage, et je me sentais regardée du salon de droite, mettons salon bleu. Tout est bourgeois sans style, sans goût, même sans richesse. Meubles, lustres, lampes, tout.
Puis on va au jardin, où il y a un tir, et diverses choses pour faire la gymnastique. Les demoiselles se balancent et les messieurs se livrent aux "exercices du corps". La tête en bas, les habits en désordre et couverts de poussière, ils ont l'air de collégiens. Audiffret paraissait tout à fait heureux de l'occasion qui lui permettait de ne pas côtoyer ses semblables, et faisait toutes sortes de tours, mais en faisant un grand bond il tomba droit sur son derrière dans le sable rougeâtre dont sont semées les allées, et comme on se mit à rire, au lieu de se relever il resta assis en balançant sa tête comme ces poupées chinoises qu'on voit sur les cheminées.
Je regardais tout cela du perron.
Puis on erre encore, deux ou trois fois je vis le Surprenant échanger quelques mots avec ma mère et ma tante, mais pour la plupart du temps il errait comme les autres malheureux. Le prêtre est là, ce stupide personnage m'a fait le compliment que vous allez voir.
— Oh ! quel pied, dit Antonoff, quel pied ! oh ! mais pour votre taille c'est merveilleux ! Oh ! mais je n'ai jamais rien vu de pareil ! Montrez-le moi, ma belle demoiselle, je vous donnerai un franc !
— Tenez, regardez !
— Mais on peut faire une fortune de cette façon, dit mon spirituel confesseur, malheureusement il n'y a pas beaucoup d'Antonoff.
Comme nous errions toujours je me trouvais sensiblement de nouveau au salon et je m'assis sur un coussin devant la cheminée à côté de la porte, Pépino se tenait près de moi, et Audiffret était collé à la porte et Cresci lui demandait si on restait dîner.
— Je ne puis pas, dit Galula.
— Ni moi non plus, dit le Surprenant, je viens de déjeuner, à quelle heure dîne-t-on ?
— A trois heures je crois, dis-je.
— Vous voyez !
— Mais nous aussi nous venons de déjeuner.
— Alors !
— Je ne sais pas du tout comment on va faire, c'est si drôle.
Puis, puis, ah que le diable m'emporte si je dis ce qui s'est passé. Tout est embrouillé dans mon esprit, je me sens toute drôle, cependant je fais très bonne figure et me laisse faire la cour par Pépino qui ne me quitte pas. Olga et sa mère qui sont venues avec des espérances grandioses sont sur l'expectative et ne savent que faire.
Bon Dieu ! que serais-je devenue sans Pépino !
Je sais qu'il y a eu un moment où je devins furieusement jalouse, je me sentais faiblir, devenir misérable, et il fallait paraître gaie, s'amuser, tout en s'ennuyant et souffrant horriblement.
J'entrai dans le salon bleu et me regardai dans la glace pour me calmer, pour reprendre du courage. Je crois qu'à ce moment le Surprenant était près de Giroflé ! Je sais bien qu'elle n'est rien pour lui, mais il se conduit avec elle comme moi avec Pépino, il veut à toute force montrer qu'il lui fait la cour. Yourkoff et Pépino allument les bougies, les journalistes errent.
Je m'approchai d'un guéridon, voir les cartes de visite et je vis celles d'un dentiste, d'un professeur de piano, d'un tapissier. C'est un sucre.
Je m'assis de nouveau sur le coussin et avec Pépino nous nous mîmes à composer le petit compte rendu de la réception, que les journalistes ne manqueront pas de faire. Nous disions les plus amusantes méchancetés du monde, tout bas, on pourrait croire vraiment à notre air qu'il s'agissait de tout autre chose que de critique, c'est ce que je voulais.
— Pourvu qu'on ne me mette pas à côté de la tapissière, dit Pépino.
— Oh ! bien, alors vous ferez semblant de vous évanouir ! répondis-je.
— Et le domestique nègre, est-ce qu'il dînera aussi ?
— Peut-être !
— Ecoutez, Mademoiselle: dimanche dernier de nombreux équipages par la nouvelle route de Villefranche se rendaient à la superbe villa nouvellement construite par M. Antonoff...
— Par un M. de Antonoff.
— Non, par le général de Antonoff.
— Bien !
— Je continue: le général de Antonoff recevait avec la courtoisie qui lui est habituelle et qu'il a apprise lorsqu'il voyait tant de dames qui venaient acheter des chapeaux dans sa boutique.
— Continuez, bien..
— Dans le jardin, un tir était organisé pour les amateurs, et ceux qui préféraient à ce jeu d'adresse les exercices du corps s'escrimaient en faisant de la gymnastique. Les demoiselles voltigaient sur les balançoires comme des nymphes blanches, et on voyait M. d'Audiffret la tête en bas et les cheveux hérissés faire preuve d'une merveilleuse adresse.
— En tombant sur son séant, interrompis-je.
— Pendant ce temps continua Pépino, une table somptueusement servie se dressait au salon, comme par magie...
— Parmi les nobles étrangers,
— Oui, on remarquait M. Limousin (rédacteur du Journal des Décavés), Mme Daniloff avec un...
— Avec un superbe chignon !
— Notre aimable directeur M. Cresci, continuait Pépino.
Mais en ce moment je vis Audiffret s'approcher d'Olga et de Saëtone qui étaient [Rayé: juste en face] près d'une console faisant face à notre cheminée. Saëtone fondit immédiatement comme un nuage vaporeux.
— Je vais tâcher d'être aussi amusant que M. Saëtone, dit Audiffret en s'asseyant près de la fille.
Dès lors je laissai parler mon cavalier, je lui répondis machinalement et tout en ayant l'air de m'en occuper j'observai mes deux jeunes gens. L'homme me tournait le dos, il écrivait toute sorte de choses sur toutes sortes de papiers, sur la console même et avait l'air de faire tout cela pour les autres, car je voyais bien qu'il s'ennuyait et tout en semblant occupé à parler à la demoiselle se taisait, se baissait sur la console, en un mot voulait qu'on le crût occupé et ne l'était pas.
Quant à Olga, rouge comme une écrevisse, elle était enchantée de ce semblant, et ne savait que faire de bonheur.
Et quant à moi, tout en sachant qu'il n'y avait rien, je rageais. Le dîner se faisait attendre, j'emmenai Bihovetz, Pépino et le détestable, le rusé, le cancanier Galula jouer avec moi aux cartes. Saëtone, le Surprenant et Giroflé passèrent par notre salon dans la chambre du général de Antonoff.
Nous jouions aux rois, Limousin regardait, pourvu qu'il ne décrive pas ce jeu.
— Pépino gagna.
— Oh ! m'écriai-je, je ne suis pas reine je m'en vais donc !
Ecoutez M. Gautier, la magie dure ce me semble trop longtemps, et le dîner ne vient pas.
J'étais enchantée de me lever, je passai dans la pièce suivante où je vis Giroflé entre Saëtone et le Surprenant, comme moi jadis. Vrai, l'homme est leur roi et, en bons courtisans, ils agissent. D'ailleurs je n'ai pas à me plaindre, j'étais aussi entourée qu'il était possible de l'être. Mais comme j'ai senti que sauf le Surprenant, tous n'étaient que des horreurs ! Sans lui on est entourée et on semble ne pas l'être. Et ses chambellans le savent, il est leur roi, où il est là est la gaieté.
Il est le seul homme ici, il est bien naturel qu'on s'ennuie sans lui. Les autres ne sont que ses etc .
Il le sait, et eux le savent aussi, d'où il résulte que je ne trompe personne, et le malheureux Pépino ne sert pas à grand chose. Si fait, c'est une contenance.
Oh ! sans lui !
Je conserve pendant tout le temps un teint délicieux et me conduis naturellement et bien. Et c'est merveille, en pensant à mon inquiétude et à mon dépit.
Je ne puis pas souffrir les gens inspirés, enchantés, souvent Dina est ainsi, alors sans aucune raison je m'impatiente et lui dis des impertinences.
Qu'on se figure donc mon impatience en voyant Olga avec des joues couleur de cuir de Russie, et Nina planant, nageant dans sa satisfaction maternelle et regardant ses enfants avec des yeux de belle-mère. Je m'attendais bien à tout, mais il y eut un moment où je me sentais faiblir, j'aurais voulu pleurer ou battre ces marchandes russes, marchands russes.
Enfin le dîner !
Gautier m'offre le bras, Olga est avec le Surprenant. Nous nous arrangeons de façon à être entre nous et à refouler les journalistes à l'autre bout, avec le tapissier et la tapissière.
J'occupe le haut de la table, à ma droite Pépino, Dina, Bihovetz etc. etc. à ma gauche, Saëtone, Marie, Galula, Olga et Audiffret. Puis venaient les autres.
Je ris beaucoup, car de temps en temps je sentais le regard du Surprenant se fixer sur nous comme pour écouter.
Le pope mange comme un animal et Morel, le tapissier, tient avant de l'avaler une grosse asperge, comme un cierge et l'admire.
[Deux lignes cancellées]
La plus curieuse table que j'aie jamais vue. On est vingt-trois en tout.
— Le domestique nègre ne dîne pas, me dit Pépino.
Tout en continuant mon jeu je voyais mes deux tourmenteurs. Et à ma grande joie je voyais Audiffret, forcé, presque ennuyé. Il se tournait à chaque instant à Galula comme pour secours, riait et regardait le plafond, comme les singes.
La seule chose qu'il a faite naturellement durant cette journée, c'est qu'il a mangé.
Je sens bien que je le gêne comme lui me gène.
Nina en tendre mère est à côté du Surprenant, et je lui trouve une drôle de figure entre ces deux femmes.
Mais je l'entends rire, j'entends sa voix, je le vois se baisser vers Olga et je suis jalouse, il n'y a pas une heure, il me semble, qu'il était à moi. Chaque éclat de rire, chaque mot qui parvient jusqu'à moi, m'est une insulte.
Je le regrette, sa voix me va jusqu'au cœur, vrai, par moments je le regrette beaucoup. Je me surprends riant et parlant exactement avec sa voix et cela me fait un effet étrange, mais pas désagréable.
Le dîner finit, la table est enlevée, un drap recouvre le tapis et les danses s'apprêtent.
Ah ! mais, j'oublie le principal, à chaque service les chanteurs masculins de l'Opéra, cachés derrière une tapisserie de damas rouge, entonnaient un chœur, tantôt d' "Ernani", tantôt des "Huguenots", etc. etc. C'était encore ce qu'il y avait de mieux, mais cela suspendait le manger.
[Bas de la page enlevée]
Je venais de danser avec Saëtone et me tenais près de la fenêtre à son bras.
Audiffret venait de danser avec mes deux Grâces.
— Voulez-vous m'accorder un tour de valse, Mademoiselle ? dit-il en s'approchant de moi.
— Après Monsieur Saëtone, répondis-je en souriant.
— Mais je vous en prie, Mademoiselle ! s'écrie Saëtone en faisant un mouvement pour se retirer.
— Non, non, Monsieur, dis-je en le retenant. Et je ne pouvais faire autrement, car le Surprenant s'éloignait à reculons, les mains croisés sur la poitrine en signe d'humilité, et semblait enchanté d'être débarrassé de moi.
Maintenant je regrette de ne pas avoir dansé avec lui, oh! mais de tout mon cœur ! Mais que voulez-vous, je ne suis pas une femme de trente ans vouée à toutes ces choses, je suis nouvelle dans ces misères, je n'ai pas l'habitude et souvent je m'égare. Et puis il faut tenir compte de mon dépit intérieur.
Quelques minutes après, le Surprenant s'esquive avec Cresci.
Quelle satisfaction de se sentir la plus jolie, la mieux faite !
Quel bonheur de pouvoir justement mépriser les autres femmes !
Quelle joie de pouvoir se dire, avec raison, je suis comme une reine ici ! de n'avoir à craindre aucune rivalité. Ce soir, je parle de ce soir, car autre part, certainement il y a des femmes mieux que moi.
Ce qui me soutenait c'est ce sentiment de supériorité incontestable, de l'impossibilité de comparaison entre moi et les autres filles ici présentes. Je ne sais vraiment comment je me serais tirée d'affaire si je m'étais sentie inférieure à n'importe qui.
J'attendais la voiture avec une impatience énorme. Il ne restait plus que nous et les Sapogenikoff, Fiouloulou et Gautier.
A neuf heures et demie elle vient, cette voiture désirée.
— Enfin je suis en voiture ! m'écriai-je, parodiant, Enfin je suis à Rome.
— Eh bien, dit Dina pour engager l'action.
— Eh bien ! répondis-je, j'avais encore envie de souffleter ces femmes. Leur air inspiré m'énervait. Et cette grosse mère qui nageait, car elle ne marchait pas, elle nageait de bonheur !
— Il fallait être plus aimable avec lui, dit maman.
— Ah ! bien, oui, il fallait peut-être l'appeler et l'asseoir près de moi.
— Pourquoi pas ?
— Pourquoi pas ! Parce qu'il se serait assis et puis au bout d'une seconde se serait en allé et je resterais comme une bête dans la plus ridicule des positions.
— C'est vrai, dit Dina, il en est capable.
— Et puis, repris-je, c'est encore bien heureux que je me sois tenue ainsi, vous croyez que c'est facile de paraître s'amuser quand on est ennuyé, quand on rage !
— C'est vrai, dit maman, elle s'est bien tenue.
— Je crois bien, Madame.
— Mais il n'y avait pas de quoi rager.
— N'est-ce pas ? Vous ne pouvez pas comprendre cela, vous, vous n'êtes pas des femmes, je ne sais pas ce que vous êtes. Je prends tout à cœur, les petites choses composent la vie. Je sais bien qu'Olga n'est rien là-dedans, mais il veut qu'on croie le contraire et c'est ce qui me fâche !
Pendant que maman s'apprêtait à dormir je m'étendis sur une chaise longue en jurant, grondant et me plaignant.
Je ne fais rien en cachette et raconte mes affaires à tout le monde, et mes moindres aventures font grand bruit, et toute la maison en parle. J'aime venir chez maman quand le conseil est assemblé et ayant imprimé à la conversation le cours que je veux, écouter les débats.
On m'envoie coucher, mais je ne bouge pas.
— Ne m'enragez pas ! Vous ne voyez donc pas que je suis furieuse !
— Mais, dit maman, il y aura encore cent Audiffret !
— Vous n'y comprenez rien, vous vous imaginez tout de suite partout, Amour. Quel diable, pour parler d'amour, il n'y en pas ! Il y a la colère, le dépit !
Quand je pense à ces filles qui sont venues ici, laides, mal mises, sottes, je les ai formées un peu, je les ai nettoyées, arrangées, et à présent elles pensent se mesurer avec moi, je sais bien que c'est folie, que chacun le voit, mais c'est leur aveugle et stupide audace qui m'irrite !
— Vous savez, maman, dit Dina à table j'observais, eh bien je vous assure que Marie était comme une reine !
— Je le sais pardieu bien ! m'écriai-je, aussi ne suis-je jalouse de personne, ce qui me fâche c'est cette stupide satisfaction, c'est cet air inspiré, enchanté et grave à force de satisfaction, cet air triomphateur, suffisant !
— Et ma chère, de quoi se fâcher, elles sont heureuses, laissez-les à leur bonheur, elles sont si drôles ainsi.
Mon premier soin en rentrant chez moi, fut de fermer la porte à clef, et celle du cabinet de toilette aussi, car dans ce cabinet il y a une lucarne donnant dans le corridor, et sous cette lucarne une commode en grimpant sur laquelle on peut voir chez moi, puis je me couchai par terre; peut-être mon esprit n'était pas assez troublé et chagriné mais ma pose, étendue par terre, les cheveux en désordre, les habits défaits, ma pose dis-je, le fut tellement que je me mis à pleurer et comme j'avais la tête renversée mes larmes coulaient [Rayé : jusqu'à la moitié des joues] des yeux et puis tombaient sur le tapis près des oreilles en formant ainsi des angles droits avec les lignes qu'elles venaient de parcourir. C'était très touchant.
Quand je me levai pour m'asseoir devant mon miroir je me vis tellement pâle que j'eus peur. Pâle comme une morte, les yeux cernés, les lèvres blanches.
Quelle laideur !
J'ai voulu prier pour l'affaire, mais je me sentais froide, je ne priais pas bien.