Mercredi 1er septembre 1875
H[is] G[race] t[he] D[uke] o[f] Hamilton]
Livre 41eme
depuis le mercredi 1er septembre 1875 jusqu'au mardi 7 septembre 1875
Grand Hotel, n 281, Paris
J'ai les yeux tout cernes ! Ah ! mon Dieu !
Je reponds a Berthe:
Chere Berthe,
J'ai recu votre lettre a Paris ou je suis depuis trois jours. Ma mere qui est restee a Schlangenbad me l'envoie. Madame votre mere est bien bonne de penser a moi et je suis tout impatiente de la connaitre.
Je pense que nous resterons ici encore quelque temps. Je suis avec ma tante, Mme Romanoff, d'ailleurs je crois que vous la connaissez.
Que je voudrais passer quelque temps dans la meme ville que vous, nous pourrions au moins nous voir.
C'est ennuyeux de [se] rencontrer a peine deux fois par an, d'echanger quelques mots et puis etre de nouveau l'une a un bout du monde, l'autre a l'autre.
Ecrivons-nous toujours, depuis la premiere annee de mon sejour a l'etranger je vous ai rencontree, j'etais toujours attiree vers vous et quelque chose me dit, qu'un jour nous vivrons plus liees que nous ne sommes a present.
Nous logeons au Grand Hotel n 281.
Au revoir ma chere, pensez de moi ce que je pense de vous.
Bonjour !
Marie Bashkirseff
Je ne sais pas bien ecrire aujourd'hui, Berthe aura la un vilain specimen de mon eloquence.
(Ecrit sur du papier a en-tete: Grand-Hotel, Boulevard des Capucines. Paris.)
A trois heures je sors pour nous mettre en voiture toujours avec mon costume sombre, mais une face assez fraiche.
En bas nous rencontrons de Gonzales et fils. Le pere commence ses louanges lyriques, le fils le suit d'assez loin.
Apres cinq minutes de cette enfance quel charme, quel esprit , etc. etc.
- Savez-vous Maria, dit-il on m'a dit que vous vous mariez, et savez-vous avec qui ? Avec d'Audiffret, me dit-il, sans me donner le temps de rien dire et repondant lui-meme a sa question.
- Oh non, ce n'est pas vrai, dis-je le plus naturellement du monde, sans rougir et sans m'agiter. Je sais qui vous a dit cela, c'est Mlle Durand !
- C'est une demoiselle.
- Oui, dit ma tante, c'est Mlle Durand, elle etait avec nous l'autre jour au Bois.
- C'est lui que j'epouse, lui mon ami, dis-je en montrant Remy.
- J'accepte, dit le garcon en s'inclinant.
- Mais savez-vous, Maria, il est un charmant garcon, d'Audiffret, un charmant garcon, dit de Gonzales pour provoquer la confidence.
- Sans doute, Monsieur, il est tres bien, mais ce n'est pas une raison. On ne peut pas epouser tous les charmants garcons, ajoutai-je en riant, et j'en trouve beaucoup de charmants.
Je ne veux plus penser a notre connaissance manquee avec Mme de Gonzales. Je connais monsieur, je connais Remy, ils sont charmants pour moi, quant aux dames je ne les connais pas.