Journal de Marie Bashkirtseff

Je vais avec Machenka a Schwalbach a la musique de onze a douze heures. Je vois Obeziana et son frere. J'aime voir des faces connues.
A diner la tete me tourne, je suis obligee de sortir, j'entre chez moi et tombe sur un fauteuil presque sans connaissance. Mais a quatre heures je suis deja rose et jolie et vais de nouveau a Schwalbach avec maman. J'aime conduire et ces petits chevaux sont assez gentils. La a la musique de cinq heures il y a du monde mais rien de bien.
C'est curieux, de Schlangenbad ou je demeure, je ne connais que mon hotel, les bains et la terrasse ou joue la musique pour y avoir ete une fois.
Mme Aleinikoff qui part demain passe la soiree chez nous.
De retour de Schwalbach je viens devant ma glace pour oter mon chapeau mais au lieu de cela reste trois quarts d'heure a me regarder sans avoir la force de m'arracher de ma personne, tellement je suis jolie; en ce moment il me semble que personne n'a autant de charme, de grace, de legerete dans la figure que moi. Mes yeux memes sont particulierement, non, j'allais dire un mot qu'il ne faut pas dire.