Jeudi, 29 avril
Je ne sais si j'ai dit que les désagréments avec Collignon et son départ eurent lieu à cause de grand-papa. Ce grand imbécile avait envie d'elle et je crois que la demoiselle de son côté ne refuserait pas le cœur et la main surtout du pauvre vieux.
Il y a quelque temps de cela elle a dit devant Georges et devant Lefèvre qu'elle épouserait ce vieillard pour lui donner le bras à la Promenade comme à un aveugle mais que pour tous les trésors de la terre elle ne voudrait être sa véritable femme. Georges ivre a répété cela à son père qui depuis ce jour boude tout le monde, ne mange rien et se conduit comme une bête.
Or ce matin j'ai dit en riant à Collignon la chose et elle a rougi jusqu'aux oreilles. Nous avons parlé de grand-papa, moitié riant, moitié sérieusement.
J'eus l'air de vouloir avoir l'air fin et de la sonder. Elle s'y est laissée prendre. Et pourtant elle est tellement adroite cette femme. N'importe je l'aime grandement et je crois qu'elle m'aime aussi.
Je vais à la musique mais il fait chaud et vide, Rickard dîne chez nous pour la dernière fois, demain elle part et nos promenades finissent.
Marie et Olga sont ici, après dîner nous nous promenons au jardin, ensuite dans ma chambre où nous restons en trois jusqu'à dix heures, parlant de toutes sortes de choses défendues. Comme on voit qu'elles sont des enfants, Olga surtout s'appesantissait sur les mots amant, galanterie, etc. etc., du Dumas pur. Elle alla même jusqu'à dire accouchement.
Que c'est ridicule, j'écoutais, encourageais et riais intérieurement.
Quand elles sont parties je reste une heure avec Collignon à raisonner sur le mariage et l'amour, puis à rire de Fritz.