Mardi, 23 mars 1875 A dix heures seulement j'apprends que c'est aujourd'hui qu'est le dernier Tir aux pigeons, le Prix de clôture. J'y vais avec ma tante, et Nadia (robe blanche, chapeau gris, boucles fausses, bien). Nous, moi et Nadia descendons au Tir, vers le milieu de la descente, l'homme qui prend les billets court après nous et me demande si je ne suis pas la fille du prince de Furstenberg, parce que le prince a payé le billet de sa fille et a dit de le lui donner. Je reste au Tir plus d'une heure et ne m'ennuie pas. Le duc de Montrose tirait mais je ne l'ai pas vu, le duc dont nous avons parlé avec Collignon. Avec le temps je prendrai Collignon chez moi, c'est une personne agréable et presque nécessaire. Je ne sais pourquoi Nadia répète sans cesse "capitaine Neville" ce nom lui plaît et nous en rions tout le temps. Les Furstenberg sont derrière nous et m'examinent comme l'autre jour. Je ne me fâche pas, ils ne sont pas des faquins. Vers la fin je m'anime et ma langue se délie. C'est que pour moi voir et entendre des Anglais est un grand plaisir. Avant de partir, nous parcourons les jardins comme deux petites filles. Ma tante nous rejoint en bas. A six heures il fait encore jour, nous pouvons donc voir notre portail et la grille que l'on pose. Le soir à l'Opéra, "Il conte Ory", (robe bleue). Je m'ennuie beaucoup et rentre toute misérable.