Mercredi, 27 janvier 1875 Troisième jours des Courses. Bon ! ça y est ! C'est ce que les poètes appellent un coup de foudre... je suis amoureuse ! De qui ? Ah ! voilà ! Eh bien c'est de sir Frederic Johnstone. On ne sait pas qui est-ce ! C'est l'homme que j'ai remarqué. Il n'est qu'un demi-lord mais c'est assez quand on est beau. Noble à point. [En travers: Ça n'était point sir Frederick Johnstone mais M. Olliver.] C'est au moment de rentrer que je pousse intérieurement cette exclamation, quand je vois de loin Johnstone avec son ami, si semblable à Hamilton, pas comme figure, mais parce que je voyais souvent le duc vers le soir quand le brouillard descend sur Nice, passer rapidement par la Promenade avec Merck ou un autre. Ce monsieur ressemble plutôt à Carlo et non à Hamilton, s'il ressemble à quelqu'un. Depuis Hamilton je n'ai pas vu d'homme tout à fait bien, mais celui-ci vient et me transporte, pour ainsi dire à l'époque hamiltonienne. Tout chez lui est bien, depuis le chapeau jusqu'aux bottes. Et le voyant pour la première fois la veille du départ pour Paris à pied, je sortis ma tête de la voiture à moitié fermée et le regardai avec curiosité, c'est qu'il était superbe. Nous allâmes aux Courses en trois, ma tante, Dina et moi (robe blanche Worth, chapeau gris bien, mais un peu pâle). Cette fois [nous] n'avons place qu'au cinquième rang qui est le dernier. Beau temps, beau soleil. Morgan reste tout le temps sur le siège et Galula ensuite Woerman viennent auprès de la voiture, ce dernier reste assez longtemps, mais je lui parle peu, furieuse que je suis de n'être pas à la tribune. Pendant que Woerman grimace, Audiffret marche autour de nous, les bras croisés comme Napoléon, d'abord, puis change toutes les poses, parle haut et pauvre garçon pose de toutes ses forces. Il est bien gentil, mais bien commun aussi. Non loin sont les Lewin, Durand, éblouissantes de toilette, et devant nous à cinq ou six voitures de distance est Johnstone en son fiacre avec son ami qui ressemble à Doria blanc. Trois fois les larmes me vinrent jusqu'aux yeux, des larmes de colère, d'être clouée à la voiture. Il est vrai que le bel Anglais est resté dans la sienne puis est venu deux ou trois fois à pied passer devant nous, mais je détournais la tête. C'est Morgan qui m'a dit son nom, ma tante le lui a demandé. You know him ? lui demandai-je. -I know him, to say good morning and he answers How do you do, and that is all, répondit Morgan. — You told me you should like to ride at these races, if you know this gentleman, why don't you ride one of his horses ? — He has horses but in England, not here. — Ah ! — Yes, and besides he would have jockeys. Then he has horses indeed such a fine gentleman could not be without them, and this is a new quality, attraction. Time a few weeks I began to doubt whether I really like english language and people, and there were moments I thought not, but with the appearence of Sir Frederic Johnstone, my foolish doubts are gone and again I adore english and England. After the horses' races was announced another kind of race, a man proposed to me three times round the field, with all the jumps and even the water jump, in 18 minutes. It would be capital if it could be done, and I was so stupid, not so stay, to go away, brute that I am. I grant all there epithets to my person because the handsome Johnstone remained, and I did not see him to day. But when I was entering the rue des Beaumettes then I saw him coming in the evening mist. Le retour était beau et comme je ne cache pas I impression qu'a produite sur moi l'Anglais, sauf à dire que j en suis amoureuse, je cherchais des yeux et dis plusieurs fois à ma tante (Dina était descendue et rentrée par la Promenade) ce qu'il était devenu, alors ma tante se mit à rire et à dire que les baronnets m'ont conquise, quelle sotte je suis, que parce que l'un est lord et l'autre baronnet, je deviens folle et ah... -Ah ici par exemple j'hésite énormément à écrire ce que ma tante a dit plusieurs fois, passons que je suis pincée. Il fallait du courage, ma parole d'honneur, c'est à quoi je répondis qu'il est très agréable de savoir qu'on a distingué un gentleman et non un faquin. Une fois chez maman ma tante dit sans doute que les baronnets m'ont conquise alors maman dit: - Mais peut-être ce n'est pas un baronnet, mais le diable sait quoi. — Non, dit ma tante, non, car, à tout, à sa gueule on voit que c'est un barine. Ces paroles me firent un plaisir immense. La vieille bonne de Mouzay passe une heure chez nous. Ce soir, "Il Barbiere di Seviglia" avec la Belona, loge n° 4 au deuxième (robe blanche de soie, très bien coiffée, pas ma coiffure, mais bien). Ma tante, Dina et moi. Belona chante mieux dans Rosina que dans Armina mais elle est bien faible et manque de hautes notes. Mme de Galve en face, la Prodgers, puis tout le monde, Audiffer, faisant des poses désespérantes, tantôt renversé en arrière tantôt penché devant, tantôt le visage couvert de ses mains. Après la troisième le théâtre se vide, nous partons. Avant Audiffret suffisait pour me faire tranquillement passer ma soirée aux Italiens et ce soir je me suis ennuyée et il y avait Arnim et Furstenberg, mais il n'y avait pas celui qui seul est tout en ce moment pour moi. Demain, je vais à Monte-Carlo pour le voir, que ne suis-je pas un homme, sir Frederic Johnstone est mon sixième. Les voilà tous par ordre chronologique: Boreel 1872-73 Duc de Hamilton 1872-73-74-75 [Une ligne cancellée se terminant par: été 1874] d'Audiffret automne 1874 très peu Prince de Wittgenstein un peu et toujours et enfin sir Frederic Johnstone depuis peu de jours et beaucoup. Il était fraîchement rasé aux Courses et avais de la poudre sur les joues.