Vendredi, 9 octobre 1874 (Robe grise, coiffure, les cheveux tressés et attachés par un petit peigne, chapeau ostendais, bien). Je monte avec ma tante en voiture et nous allons courir Nice, chez Adé des ruches, chez plusieurs tapissiers chercher de la cretonne pour la chambre de Dina, chez Visconti où je me suis abonnée pour Le Morning Post car voilà dix mois que le duc de Hamilton est marié et cette gazette s'occupe de tout. J'ai acheté "Les Femmes de la Bible", et les œuvres de Byron et de Shakespeare, et "Don Quichotte" que je n'ai pas encore lu. Après nous étions chez Laussel qui me donne les mêmes heures que l'année dernière. Demain je vais faire un plan d'études et lundi j'appellerai tous ces faquins de professeurs pour fixer leurs jours et heures. Nous vîmes la petite Skariatine et quelques Niçois: Jeanne et plusieurs autres propriétaires d'ici. J'oubliais le bataclan gris en chapeaux de paille, Zasedsky, le Rodionoff noir et d'autres saletés qui sont tous et toujours en gris et tournent invariablement, une canne dans leurs mains croisées sur le dos, quelques-uns portent des pince-nez et ils ont toujours l'air de discourir sur des affaires d'Etat. Nous avons commandé à Biasini de venir demain avec le serrurier, car il est bien temps de commander la grille, notre villa ressemble à Strasbourg après le bombardement, ces pierres des terrasses démolies et ce trou [Rayé: dans le co] qui sert d'entrée sont d'un effet lamentable. Je descends prendre le thé et nous parlons de Dumas père, Georges, Paul et moi nous souvenons des Mousquetaires et de son Louis XIV etc. Je détestais Dumas père ayant lu quelques ouvrages du fils, mais maintenant je l'aime. Ma tante tous les soirs assiste à mon coucher et reste assise sur une boîte (car de meubles il n'y en a pas chez moi) pendant que j'écris, regarde me mettre au lit, m'embrasse, regarde bien la moustiquaire pour que je ne sois pas piquée, m'embrasse, éteint les bougies et s'en va.