Vendredi, 18 septembre 1874 Je reçois ce matin un télégramme de Doria (Walitsky) ainsi conçu: Perche siete bianca sono untranquillo mia cara quando arrivasti. Doria Pamphilia J'ai écrit aux Tamancheff et leur ai envoyé cette dépêche. Pendant le premier déjeuner j'ai ri et parlé de Doria, vraiment c'est bête d'en parler toujours, mais c'est devenu très amusant. Et Walitsky est l'auteur de Doria. Je suis si heureuse d'être mieux et je crains tant de devenir mal que je fais des folies. Je porte autant de fois l'eau à la figure en me lavant qu'il y a de lettres dans les mots que je choisis. Avant c'était Hamliton, et depuis Canterbury je prends le nom de la ville en y ajoutant quelques épithètes, exemple Canterbury, et ici, Paris, etc. [Quelques mots rayés] Et j'ajoute chaque jour de peur que Paris ne soit mécontent et ne me rende malade. Après avoir été chez Laferrière nous allons au Bois et là je suis heureuse de voir toutes les faces à moi connues, c'est véritablement un immense plaisir pour moi. Et tant de figures aussi connues et que j'ai oubliées; on me reconnaît, je reconnais. Il y a surtout deux dames. La mère et la fille fort belles que depuis Ostende nous rencontrons partout. Mais ce petit Lambertye ne paraît pas, je l'avais oublié. Il manque encore Blackprince, Rothschild, le grand Tichkevitch. Emile d'Audiffret, le gentil garçon était là, nous le vîmes encore hier à pied et il se tourna plusieurs fois, et nous avons rougi. Le monsieur auquel le chapeau gris allait mal, de Spa, lui aussi. J'ai écrit à Moreno ces lignes : Monsieur de Gonzalès Depuis deux jours je suis à Paris avec ma tante et nous serions enchantées de vous voir chez nous à l'hôtel des Iles Britanniques, venez-donc. Marie. [Rayé: Excepté pour le plaisir de le voir ce billet] J'ai besoin de lui. On va m'acheter un cheval et comme je ne sais rien, je tâche de savoir de toutes mes forces et me cramponne à la moindre occasion, de Gonzalès doit savoir lui-même et puis il a des amis qui savent. A cette occasion j'ai écrit une lettre à maman lui donnant toutes sortes de raisons pour qu'elle envoie l'argent pour le cheval. J'ai dit sérieusement que je voulais un cheval et je crois que j'en aurai un avec l'aide de Dieu. Je fais la même distinction entre Paris et Londres, qu'entre une robe de Laferriere et une robe de Worth. Nous dînons au restaurant russe, un dîner russe après lequel je soupirais il y a longtemps. Mais après je me sentais un peu lourde, le dîner en valait la peine. Le soir je lis l'Odyssée.