Friday, 16 November 1883
I am at Jouy to paint landscape. But it rains and is so cold that I remain huddled before the fire, having set out — Claire, myself, the chambermaids, the provisions, the canvases, the carriage — all returned wet and frozen.And now I am reading a study on Chopin and Liszt — there is Paganini. There are men who seized hold of their world.
There are artists whose hands were kissed by duchesses — artists who were grandees, artists who were gods. That is more like it. Wagner was one of them. Whereas... So, my little one, you are susceptible only to worldly, flashy, chic glories? No — but I require that genius be attended by them; genius must enjoy all the music, all the incense, all the flowers of life. [Words blackened: enhanced by] so much adoration, it takes its true aspect in my eyes, and only then can it dominate me completely.
Dominate — but to what end? Ah! My God, leave me independent, let me work, and instead of making me a society woman at the feet of some man of genius — let me myself become a true star.
Meanwhile, this future star plays chemin de fer1 with the Marshal2 and loses twenty-five centimes this evening and two sous yesterday.
Yes... I am not being reasonable. One must not go looking for Chopins and Liszts — one must be oneself.
Je suis à Jouy pour faire du paysage. Et il pleut et il fait si froid que je reste rattatinée devant le feu après avoir tenté de sortir Claire, moi, les femmes de chambres, les provisions, les toiles, la voiture tout est revenu mouillé et gelé. Et maintenant j'ai là une étude sur Chopin et Liszt, voilà Paganini. Voilà des hommes qui ont empoigné leur monde. Voilà des artistes aux mains baisées par des duchesses, des artistes, grands seigneurs, des artistes-dieux. A la bonne heure. Wagner en était un. Tandis que... Alors ma petite vous êtes sensible à ces gloires mondaines, tapageuses et chics seulement ? Non, mais je demande que le génie en soit accompagné, le génie doit jouir de toutes les musiques, de tous les encens, de toutes les fleurs de la vie [Mots noircis: réhaussé par] tant d'adorations il prend à mes yeux son aspect véritable et alors seulement il peut me dominer complètement. Dominer, à quoi bon ? Ah ! Mon Dieu laissez-moi indépendante, laissez-moi travailler et au lieu de faire de moi une femme du monde qui est aux pieds d'un homme de génie, faites que je devienne moi un astre véritable. En attendant, cet astre futur joue au chemin de fer avec le maréchal et perd vingt-cinq centimes ce soir et deux sous hier. Oui... Je ne suis pas raisonnable, il ne faut pas chercher des Chopin et des Liszt, il faut être soi-même.