Diary of Marie Bashkirtseff

Oh! there is much to say. At the studio for a week past there has been a young girl named Mlle Feurgard, an intimate friend of Breslau's, to whom I had said that Breslau had spoken ill of me. She assured me it was false and reported our conversation to Breslau, who then told her this. It is gossip, no doubt — but listen all the same. So Cartwright asked Soutzo one day whether his marriage to me was going forward (he seems to have been announcing it as certain), and Soutzo then said things about me so infamous they cannot be repeated. The lady told Breslau, who, knowing me, leaped up crying that it was an outrage. In any case, this little Feurgard tells me yesterday that if the gentleman had merely spoken ill of me it would be one thing, but that he said the most dreadful things possible, and she believes it her duty to tell me to...

Oh ! il y a beaucoup a dire. Il y a a l'atelier depuis une semaine une petite jeune fille nommee Mlle Feurgard qui est l'amie intime de Breslau et a qui j'avais dit que Breslau avait medit de moi. Elle m'assura que c'etait faux et a remis notre conversation a Breslau qui lui a alors raconte ceci. C'est des potins sans doute, mais ecoutez tout de meme. Donc Cartwright a demande a Soutzo un jour si son mariage avec moi allait se faire (il parait qu'il l'annoncait comme certain) et Soutzo lui alors dit des choses si infames de moi qu'on ne peut les repeter. La dame l'a dit a Breslau qui me connaissant a bondi en criant que c'etait une infamie. Enfin cette petite Feurgard me dit hier que si ce monsieur avait medit simplement ce ne serait encore rien mais qu'il a dit les dernieres horreurs et qu'elle croit de son devoir de vous dire de le...

[Folios 75 and 76 torn out of the manuscript — pages missing from the original carnet]

[Feuillets 75 et 76 arraches dans le manuscrit - pages manquantes dans le carnet original]

Sarah Bernhardt is divine, admirable, superb, incomparable, splendid. Well — that is natural, is it not, after exchanging impressions on one's return.

Sarah Bernhardt est divine, admirable, superbe, incomparable, splendide. Eh bien c'est naturel n'est-ce pas en revenant d'echanger ses impressions.

What pitch-black nonsense they talked!...

Ce qu'elles ont dit de stupidites noires !...

I was raising my eyes to heaven in the darkness of the landau, not even arguing — for I no longer argue about anything that does not concern my reputation or my life. I have been fighting against Soutzo for a long time, and he still comes. People believe I do as I wish. Judge for yourself: I tell you they think me three years old; they do not cross me for fear of grieving me, and act entirely as they please in secret, telling everyone that I am blindly obeyed. It is a pose, a perfidy, or a stupidity.

J'en levais les yeux au ciel dans l'obscurite du landau ne discutant meme pas car je ne discute plus tant qu'il ne s'agit pas de ma reputation ou de ma vie. Voila longtemps que je fais la guerre contre Soutzo et il vient toujours. On croit que je fais ce que je veux. Jugez-en, je vous dis qu'elles me croient agee de trois ans, ne me contrarient pas pour ne pas me chagriner et agissent a leur guise en cachette en racontant a tout le monde que je suis aveuglement obeie. C'est une pose ou une perfidie ou une betise.

What do I know. What is clearest is that this Soutzo has gravely compromised me. I have every kind of good fortune. It no longer revolts me — it makes me smile with resignation and pity. It becomes amusing in the end. And I appear to myself as a ravishing victim of a mass of atrocious stupidities.

Est-ce que je sais. Ce qu'il y a de plus clair c'est que ce Soutzo m'a tres fort compromise. J'ai tous les bonheurs. Ca ne me revolte plus, ca me fait sourire avec resignation et pitie. Ca devient drole a la fin. Et je m'apparais comme une ravissante victime d'une foule de stupidites atroces.

Mlle Feurgard is twenty-three and looks only nineteen — she is very interesting, gifted, intelligent. Her father died a year ago; she lives with her mother and two younger sisters, one of whom is fifteen and promises genuine talent. She has the manner of a little family mother. They live an hour from Paris — poor, sympathetic, interesting.

Mlle Feurgard a vingt-trois ans et n'en parait que dix-neuf, elle est tres interessante, douee, intelligente. Son pere est mort il y un an, elle vit avec sa mere et deux petites soeurs dont une de quinze ans et qui promet un vrai talent. Elle a des allures de petite mere de famille. Elles habitent a une heure de Paris, pauvres, sympathiques, interessantes.

I should like to be able to pay for the little one to come and work at the studio — but one will have to find an ingenious method; they are valiant and proud natures, whom it is difficult to place under obligation.

Je voudrais pouvoir payer pour que la petite puisse venir travailler a l'atelier mais il faudra trouver un moyen ingenieux, ce sont des natures vaillantes et fieres qu'il est difficile d'obliger.

I ran into Julian on the staircase, who thought it necessary to repeat his usual remarks in a way calculated to destroy whatever courage I might have left. One would think he were trying to bring a vain, blinded, pride-maddened creature to her senses. I think myself stronger than God... He could say no more... It seems to me, however, that he must know what I think of myself; and instead of pushing me up to the eyebrows into this mud where I am choking, he might perhaps do better to support me a little. I cannot understand it — perhaps people tell him that I consider myself a greater genius than Rembrandt, and since that would be my ruin he tries to bring me to reason. I believe this in all good faith, and he says that no one is more interested in my success than he.

J'ai rencontre Julian dans l'escalier qui s'est cru oblige de me repeter ce qu'il dit d'habitude et de facon a abattre ce qui pouvait me rester de courage. On dirait qu'il veut faire rentrer dans son bon sens une vaniteuse aveuglee et affolee d'orgueil. Je me croirais plus forte que Dieu... Qu'il ne m'en dirait pas davantage... Il me semble pourtant qu'il doit savoir ce que je pense de moi et au lieu de m'enfoncer jusqu'aux sourcils dans cette vase ou je m'etrangle, il ferait peut-etre mieux de me soutenir un peu. Je n'y comprends rien, peut-etre lui dit-on que je me crois plus de genie que Rembrandt et comme ce serait ma perte il tache de me rendre raisonnable. Je le crois de tres bonne foi et il dit que personne ne s'interesse plus que lui a mon succes.

And immediately dreadful phrases: "Take care — if you let yourself be carried away into making paintings instead of working doggedly, it is finished! You are lost, and I even believe you will not recover from it! The others are nothing but flatterers!"

Et aussitot des phrases terribles de: prenez garde, si vous vous laissez entrainer a faire des tableaux au lieu de travailler betement, c'est fini ! Vous etes perdue et je crois meme que vous n'en reviendrez plus ! Les autres ne sont que des flatteurs !

In short, he seems to believe that thirty thousand people are proclaiming me a Velázquez and that I believe them, and he tries to disabuse me. That would be very well if I had the slightest pride — but annihilated as I am, I cannot tell you the effect it produces. I no longer know where I am or what I am doing. I look at my paintings and understand nothing. He cites my sketches and studies as definitive failures — as important pictures I had counted on that came to nothing. What does it mean, in the end? He seems to regard it as the most extraordinary folly that I should want to make a portrait for the Salon; I exhibited two years ago, and since then, by the admission of my cruelest enemies, I have made some progress. So why? My brain is so bewildered by all this that I know nothing any more, understand nothing save one thing... That I am doubtless mad, and that I draw armchairs or crocodiles in place of human features, and that out of charity no one tells me so.

Enfin il semble qu'il croit qu'il y a trente mille hommes pour me proclamer Velasquez et que je le crois et il tache de me detromper. Ce serait fort bien si j'avais le moindre orgueil mais aneantie comme je le suis je ne sais trop vous dire l'effet que cela produit. Je ne sais plus ou j'en suis ni ce que je fais. Je regarde mes peintures et ne comprends plus rien. Il me cite mes essais et mes etudes commes des resultats definitifs manques, comme des tableaux importants sur lesquels j'aurais compte et qui ont ete rates. Enfin qu'est-ce que ca veut dire ? Il semble envisager comme la plus extraordinaire folie que je veuille faire un portrait pour le Salon, j'ai expose il y a deux ans et depuis au dire de mes plus cruels ennemis, j'ai fait quelques progres. Alors pourquoi ? J'ai le cerveau si etonne de tout cela que je ne sais plus rien, ne comprends plus rien qu'une chose... C'est que je suis sans doute folle et que je dessine des fauteuils ou des crocodiles a la place de traits humains et que par charite on ne me le dit pas.