Sunday, 13 July 1879
# Dimanche 13 juillet 1879
Je suis allée montré le portrait de Dina à Tony qui m'a fait des compliments. Mais cela ne parvient pas à m'ôter cette somnolence, cette tristesse, ce quelque chose d'horriblement pesant... On dirait que j'assiste à la cérémonie inconcevable de là-bas.
Toutes mes tristesses personnelles viennent renforcer cette émotion profonde, douleur inexplicable.
Mon Dieu ! Pourquoi avez-vous fait cela ! Mon Dieu pourquoi avez-vous fait cela ?
Madame Gavini est venue me prendre et nous sommes allées au Bois. J'ai compté là-dessus pour me secouer mais j'ai appris que la femme de Cassagnac va chez la reine d'Espagne et que la reine l'embrasse et que Mme de Cassagnac a dit à la reine qu'elle est invitée par l'impératrice pour six jours à Chileshurst et qu'elle lui écrirait de là les détails.
- Elle y est allée comme tout le monde, ajoute Mme Gavini, je vous demande si l'impératrice va s'occuper de Mme de Cassagnac. Aussi tout le monde s'en moque, ils sont trop menteurs ces Cassagnac.
- Mais Madame ceux qui savent en rient mais cela en impose aux autres, dis-je.
- Eh ! tout le monde à Paris le sait ! On en rit.
Tout cela est inévitable mais cela me contrarie bien quand même.
On dit que Popaul va passer à M. de Chambord, les légitimistes sont dans la joie, les portraits de Cassagnac fourmillent dans les couvents. Pour l'édification des religieuses sans doute. Mais si notre candidat accomplit cette évolution il le fera avec toute l'adresse qu'il possède. Et je crois comprendre maintenant le but de ces derniers articles sur Jérôme et les garanties etc. Cela le rendra bien heureux. Son idéal serait d'être fils de croisé et de défendre le Roy et Dieu, Dieu et le Roy avec sa bonne lame de Tolède. Nous verrons...
Je suis très malheureuse, quelque chose de noir et de triste m'enveloppe toute entière. Et je me surprends toujours à penser aux affreuses cérémonies de là-bas. J'ai pleuré mais pas assez, je suis oppressée.
Je ne sais vraiment quel plaisir il y a à pleurer. On recherche ces émotions, on est avide de journaux qui vous tirent des torrents de larmes brûlantes... et après on est comme content.
Nous sommes allées à la grande Revue des troupes et à la sortie j'ai pu voir Arnaud d'assez près et assez longtemps pour vous dire qu'il n'est pas beau. Il était rouge, (il avait couru chercher une voiture) et puis on a des jours où l'on est laid. Bref, je l'ai vu laid et surtout il avait un air... stupide, je n'exagère rien. Je crois qu'il fait la cour à une Américaine grande, assez forte, très blonde, une grande figure au teint éblouissant. Toilettes de mauvais goût. Elles sont deux sœurs, je les ai vues à la Chambre. Il a l'air assez bête pour faire la cour à cette personne. Je ne l'admire plus que comme millionnaire. Quant à Mme Arnaud, c'est une impératrice.
Comment est-il possible qu'elle soit une demoiselle Guichard, veuve Arnaud ?
Toilette splendide et élégante, port, démarche, air : Une reine.
Les Mouzay arrivent et nous nous amusons à tourner des tables.
Je ne sais si ces bonnes dames ont triché, je ne crois pas pourtant.
L'esprit du Prince est venu et nous a dit qu'il n'aimait ni Jérôme, ni Victor. Ensuite ce fut Victor-Emmanuel, roi d'Italie qui nous a dit qu'il n'aimait pas Jérôme, que Jérôme ne régnerait pas et mourrait de mort violente dans un an et cinq mois. Son fils Victor sera président ou Dictateur dans sept ans.
Que le roi Humbert n'a plus que deux ans et quelque chose à vivre.
Je ne suis pas très convaincue.
On dit que la princesse Béatrice va prendre le voile. Quelles choses affreuses.
Mais pourquoi est-ce moi qui ressens et pleure toutes ces infortunes ?