Dimanche 16 décembre 1883
Tête de Bojidar repeinte et finie.
Je ne suis rien. Tout ce que je fais est mauvais, éœurant comme facture, cartonneux, la sculpture aussi va très mal, ma Nausicaa ne signifie rien, on ne comprend pas qu'elle pleure. Les gamins sont... Encore si c'était des phrases et des humilités à faux ! Mais c'est que je suis de ceux qui se rendent compte ! Et lorsqu'un homme de talent se maltraite c'est la preuve que c'est un vrai artiste, mais moi c'est parce que je vois trop clair, trop
vrai ! Moi, c'est la Vérité et alors !...
Bojidar va venir poser, cette série de rires pourrait être très amusante si chaque tête était bien. Si c'était fait par Breslau par exemple... Mais mon Dieu qui donc... Et pourquoi ai-je eu confiance en moi ? Où sont les preuves de mon talent ? Où est ce que j'ai fait de bon ?
A chaque coup... Ce sera la prochaine fois... J'ai retourné la tête de la petite contre le mur et je n'ose pas aller la regarder.
Ah ! si je pouvais me tromper ! Mais non, ce sera comme pour ma poitrine...
C'est atroce.
Enfin... Paris je le déteste et [Mot noirci: gardons] des attendrissements pour la campagne russe... J'aime mon pays, je ne l'ai senti que l'autre jour en peignant... Il me semble que Rome seule peut être aimée comme la patrie. Cette ville vraiment magique m'a laissé une impression incomparable... Cinq ou six mois après que j'en étais partie...
Alors... Rien ?!
Le pope et le prince Obolensky à dîner. Le prince est marié, il est assez gros, sa femme est en Russie, il sert à la Cour.
Il est venu beaucoup de visites ces jours-ci, Turquan (Joseph, celui qui est au Sénat) a présenté sa jeune femme.