Deník Marie Bashkirtseff

Hier mariage de Mlle Dureau avec M. Henri de France, tout le clan bonapartiste et cet horrible Gavini qui a donne des billets de vendredi pour aujourd'hui. Et c'est aujourd'hui l'immense seance Gambetta. Nous y allons tout de meme dans l'espoir de s'arranger mais il n'y a pas moyen, c'est une rage; Coquelin que nous rencontrons sur le perron dit qu'il a eu toutes les peines du monde pour obtenir un billet. Hecht nous voit causant avec l'ami de Leon. Comme j'etais tout habillee, maman et moi allons chez la marquise de Lambertye chez laquelle il y avait bal hier soir. Un bal comme tous les bals, j'avais une de ces toilettes extraordinaires que [Mots noircis:seule je le] puis avoir car il faut arranger cela soi-meme, la couturiere n'y met que les coutures. Une gaze etonnante drapee, enroulee autour du corps, avec une ceinture faite de liserons qui courent. On vous decrit des robes drapees mais ce n'est pas cela; toutes les robes que l'on fait sont cousues a la mode et l'on drape dessus toujours a la mode gatant la draperie artistique par une pointe Louis XV ou le pur Louis XV par une draperie moderne, chez moi c'est si ravissant et si simple que toutes les essayeuses de Doucet sont venues voir et que hier soir toutes les femmes et meme tous les hommes ont ete ravis. J'ai danse mais ne me suis pas amusee... Je suis aller chez Doucet pour faire retaper la fameuse robe. La jupe qui est courte et bordee de lisersons, en doublure, qu'on ne voit que lorsque je m'asseye ou danse. Alors Is pieds emergent d'un fouillis de dentelles et de fleurs. Rien d'elegant comme un dessus tres simple et un dessous ebouriffant. Il y a la un joli dedain de la richesse qui prete de la hauteur et de l'esprit jusqu'au moral de la femme.
Ah ! croyez-vous que j'ai la tete a cela. Si j'en parle c'est qu'il faut bien accorder aux choses la place qu'elles prennent mais je suis tres tourmentee. Je ne fais rien !!
Cet engrenage desesperant ou danser se fait volontiers complice de mon inaction est atroce ! On peut aller dans le monde et travailler et ce n'est pas une ou deux soirees... J'en ai toujours eues, des soirees de 3eme ordre il est vrai mais enfin celles du passe ou celles d'a present c'est tout de meme du temps depense le soir. Eh bien ce n'est pas ca qui m'empeche de travailler... Je n'ai pas d'atelier, ou on me derange tout le temps, ce portrait de Nini, ce depart. Oui il faut partir, cela coupera court a ce gaspillage de la vie et en revenant prendre un atelier eloigne et travailler.