Dimanche 21 novembre 1880
Hier la journée s'est passée à courir avec Magdeleine Delsarte les quartiers les plus excentriques à la recherche d'un modèle pour le concours. Nous avons déjeuné de gâteaux, en voiture. Le soir petite soirée chez Mme Engelhardt. J'y vais pour qu'on ne me dise pas malade. Nous faisons connaissance avec plusieurs dames russes mais n'invitons personne sauf Thomas de Barbarin qui est arrivé très tard. On a causé et pris du thé.Saint Amand est venu faire ses cabrioles ici vers une heure, les Tchoumakoff sont arrivées en même temps puis Berthe, puis Mme Engelhardt pour me remercier d'être venue "moi qui ne vais nulle part et qui ai été tout ce qu'il y a au monde de plus aimable en faisant une exception en sa faveur".
Puis le père et la mère Denis.
Puis nous allons chez le Dr Potain, Berthe nous accompagne jusqu'à là. Elle se plaint des persécutions de sa vieille fille de sœur et sa mère qui met son bonheur à la brouiller avec son mari.
La petite a des larmes dans la voix. Mon Dieu c'est très possible qu'on la persécute, dans les familles ça arrive, mais ça n'empèche pas que tout Paris va dire qu'elle est la maîtresse du petit Blanc.
Qu'elle ait un amant et un amant riche c'était inévitable, étant donné le mari qu'elle a. Moi, je savais cela avant même le mariage. Mais bast.
Il s'agit de moi. Je lis la brochure d'Emile de Girardin "L'égale de l'homme". C'est filandreux malgré une certaine brusquerie et d'une logique qui n'est pas logique du tout. Mais malgré tout c'est bon puisque c'est en faveur de l'égalité. Il faut que mes dimanches soient employés à me préparer à passer des examens, il faut que je sois au moins, au moins bachelière ès lettres quand la femme sortira de son humiliation. Et puis j'irai voir Hubertine Auclert, dimanche prochain, rue du Cail n° 12.