Deník Marie Bashkirtseff

Nous allons reconduire les Antonsky qui partent... Me voilà sans Mme Rembelinsky qui faisait semblant de prendre Gans tandis que je faisais aussi semblant, hélas ! de prendre Schwarz.
Nous allons reconduire les Antonsky qui partent... Me voilà sans Mme Rembelinsky qui faisait semblant de prendre Gans tandis que je faisais aussi semblant, hélas ! de prendre Schwarz. J'ai mis mon chapeau et me suis promenée avec tout le monde, qui est resté... il n'y en a pas assez et il y en a trop...
J'ai mis mon chapeau et me suis promenée avec tout le monde, qui est resté... il n'y en a pas assez et il y en a trop... Mon chapeau m'amuse et amuse Soden... J'ai acheté à la dispensatrice des verres d'eau de la source, un bas de laine bleu qu'elle venait de commencer en même temps elle me montre comment cela se fait, je saisis de suite la théorie et le bas et m'installe avec Mme Outine en face des fenêtres des Gans et aussi en face des miennes, à tricoter le bas, pendant que ma tante et les autres s'en vont je ne sais où se fatiguer par cette chaleur. Il n'y a plus de sœur, mais il y a le père, le père Gans était très intrigué de voir mon bas... du reste ils ont dû lui raconter nos folies à table... folies bien innocentes qui n'en seraient même pas si ces misérables ne comprenaient le russe.
Mon chapeau m'amuse et amuse Soden... J'ai acheté à la dispensatrice des verres d'eau de la source, un bas de laine bleu qu'elle venait de commencer en même temps elle me montre comment cela se fait, je saisis de suite la théorie et le bas et m'installe avec Mme Outine en face des fenêtres des Gans et aussi en face des miennes, à tricoter le bas, pendant que ma tante et les autres s'en vont je ne sais où se fatiguer par cette chaleur. Il n'y a plus de sœur, mais il y a le père, le père Gans était très intrigué de voir mon bas... du reste ils ont dû lui raconter nos folies à table... folies bien innocentes qui n'en seraient même pas si ces misérables ne comprenaient le russe. Écoutez ces gens-là ne sont pas des vulgaires pékins et je suis obligée d'avouer qu'ils m'ont inspiré une admiration énorme. On n'est pas plus imperturbable. On leur dit qu'ils sont des idiots, des oies, des commis voyageurs, qu'ils sont beaux, laids, qu'ils ont de belles mains, que... tout au monde ! Ils comprennent tout et ne font semblant de rien sauf un rire très inconvenable de temps en temps.
Écoutez ces gens-là ne sont pas des vulgaires pékins et je suis obligée d'avouer qu'ils m'ont inspiré une admiration énorme. On n'est pas plus imperturbable. On leur dit qu'ils sont des idiots, des oies, des commis voyageurs, qu'ils sont beaux, laids, qu'ils ont de belles mains, que... tout au monde ! Ils comprennent tout et ne font semblant de rien sauf un rire très inconvenable de temps en temps. Il est évident que pour une cause ou pour une autre ils n'ont pas envie de faire connaissance mais il est évident aussi qu'ils s'intéressent et s'amusent de nous comme nous nous amusons d'eux.
Il est évident que pour une cause ou pour une autre ils n'ont pas envie de faire connaissance mais il est évident aussi qu'ils s'intéressent et s'amusent de nous comme nous nous amusons d'eux. J'ai fait une longue conversation avec le prince Ouroussoff, une fois Mme Outine partie ; tout à coup le prince me dit : Voici les Gans.
J'ai fait une longue conversation avec le prince Ouroussoff, une fois Mme Outine partie ; tout à coup le prince me dit : Voici les Gans. Vous comprenez qu'on ne peut pas rester tranquille quand cet homme sérieux, cet homme d'état, s'interrompant au milieu d'une explication des causes intimes de la guerre, vous dit comme une chose toute naturelle que... voilà les Gans. Le mot Gans me plaît, prononcé à l'allemande (Gantz) il est élancé, jeune, élégant, fier ; il rebondit.
Vous comprenez qu'on ne peut pas rester tranquille quand cet homme sérieux, cet homme d'état, s'interrompant au milieu d'une explication des causes intimes de la guerre, vous dit comme une chose toute naturelle que... voilà les Gans. Le mot Gans me plaît, prononcé à l'allemande (Gantz) il est élancé, jeune, élégant, fier ; il rebondit. J'ai fait une pochade de ces imbéciles (comme à Nice) si ressemblante que le garçon qui venait d'apporter un plateau s'arrêta net devant la toile et se mit à rire et à gesticuler d'un air si bête que vraiment ma vanité d'artiste est flattée.
J'ai fait une pochade de ces imbéciles (comme à Nice) si ressemblante que le garçon qui venait d'apporter un plateau s'arrêta net devant la toile et se mit à rire et à gesticuler d'un air si bête que vraiment ma vanité d'artiste est flattée. Puis est venue Mme Abaza et nous nous sommes tenues à la fenêtre qui et de laquelle on aperçoit l'intérieur du balcon de Gans, Gans venait à chaque instant nous regarder ; Mme Abaza faisait la coquette et riait d'un air mauvais genre. C'est sans doute mon chapeau mais nous avons l'air de les intéresser aujourd'hui, même Schwarz s'est ému et sorti son squelette du hamac qui est suspendu sur son balcon et dans lequel il repose ses os. Je ne parle pas du temps que Mme Abaza était ici, mais le matin. Ils ont des complets gris clair et des chapeaux en paille, pointus aux bords pendants. Et ils ont l'air très propres, mais ce ne sont pas de vrais hommes, l'un est un malade et l'autre un enfant et moi je pense à un troisième peut-être c'est pour cela que c'est si prodigieusement amusant ! Prodigieusement est le mot, car c'est un prodige de rire tant et si peu.
Puis est venue Mme Abaza et nous nous sommes tenues à la fenêtre qui et de laquelle on aperçoit l'intérieur du balcon de Gans, Gans venait à chaque instant nous regarder ; Mme Abaza faisait la coquette et riait d'un air mauvais genre. C'est sans doute mon chapeau mais nous avons l'air de les intéresser aujourd'hui, même Schwarz s'est ému et sorti son squelette du hamac qui est suspendu sur son balcon et dans lequel il repose ses os. Je ne parle pas du temps que Mme Abaza était ici, mais le matin. Ils ont des complets gris clair et des chapeaux en paille, pointus aux bords pendants. Et ils ont l'air très propres, mais ce ne sont pas de vrais hommes, l'un est un malade et l'autre un enfant et moi je pense à un troisième peut-être c'est pour cela que c'est si prodigieusement amusant ! Prodigieusement est le mot, car c'est un prodige de rire tant et si peu. Madame Gavini me répond, charmante et utile femme !
Madame Gavini me répond, charmante et utile femme ! Comme c'est bête que je ne puis vous faire partager ma gaieté au sujet des Gans, vous n'y comprenez rien, je n'y comprends pas grand chose sinon que je n'ai pas envie de m'en aller de Soden où je me suis habituée, où je n'éprouve aucune contrariété et où je vois tous les jours les Gans. Je change d'allures, je deviens calme, très tranquille, douce ; je veux les charmer et ils penseront que je n'ai tant blagué qu'avec les autres. Ils sont partis et je deviens allemande, je tricote des bas, un bas qui durera toujours car je ne sais comment faire le talon ; je ne le ferai jamais et le bas sera long, long, long, il ne sera même pas long...
Comme c'est bête que je ne puis vous faire partager ma gaieté au sujet des Gans, vous n'y comprenez rien, je n'y comprends pas grand chose sinon que je n'ai pas envie de m'en aller de Soden où je me suis habituée, où je n'éprouve aucune contrariété et où je vois tous les jours les Gans. Je change d'allures, je deviens calme, très tranquille, douce ; je veux les charmer et ils penseront que je n'ai tant blagué qu'avec les autres. Ils sont partis et je deviens allemande, je tricote des bas, un bas qui durera toujours car je ne sais comment faire le talon ; je ne le ferai jamais et le bas sera long, long, long, il ne sera même pas long... La sainte gaieté continue. Je m'imagine que ce chapeau me rend timide, bébé, enfant.
La sainte gaieté continue. Je m'imagine que ce chapeau me rend timide, bébé, enfant. Il est directoire et un petit peu Empire, je me sens protégée par sa visière au moral comme au physique et je suis heureuse...
Il est directoire et un petit peu Empire, je me sens protégée par sa visière au moral comme au physique et je suis heureuse... Il pleut très fort. J'ai infiniment d'esprit. Douce Allemagne !
Il pleut très fort. J'ai infiniment d'esprit. Douce Allemagne ! Quelle... au fait non, mes promenades sont utiles, je lis et ne perds pas mon temps. Sages ! Glorifiez-moi.
Quelle... au fait non, mes promenades sont utiles, je lis et ne perds pas mon temps. Sages ! Glorifiez-moi. - Oh ! oui, dit le prince Ouroussoff, le fameux Paul de Cassagnac !
- Oh ! oui, dit le prince Ouroussoff, le fameux Paul de Cassagnac ! Et moi sans en avoir l'air j'en dis des choses qui le grandissent comme si j'y avais intérêt ! C'est absurde.
Et moi sans en avoir l'air j'en dis des choses qui le grandissent comme si j'y avais intérêt ! C'est absurde. On décorera cet animal et il ne saura peut-être pas qu'il me le doit. C'est ça qui serait gentil. [//]: # (2025-08-22T15:32:18 RSR: After the Antonsky departure, Marie's flirtation with the "Gans" brothers intensifies. She takes up knitting (learning from the spa water dispenser) as a domestic performance to charm them while strategically positioning herself to observe their balcony. Her artistic skills shine as she creates such accurate caricatures that staff recognize the subjects instantly. The "Directoire and Empire" hat gives her psychological protection while she transforms into a "German" persona to appeal to their nationality. Prince Ouroussoff's serious political discussion being interrupted by "Here come the Gans" shows how this obsession dominates even diplomatic conversations. Marie's manipulation of Paul de Cassagnac's reputation for potential decoration reveals her political networking instincts, while her self-awareness about the "prodige de rire tant et si peu" (miracle of laughing so much about so little) captures the essence of spa romance artificial intensity. On décorera cet animal et il ne saura peut-être pas qu'il me le doit. C'est ça qui serait gentil.