Deník Marie Bashkirtseff

Je relis le mariage de M. Paul de Cassagnac dans "Le Figaro" et je n'en crois pas mes yeux... Je ne croirais pas du tout à ce mariage si je n'avais ce lambeau de journal. Dieu me pardonne mais il me semble que le Défunt me dégoûte comme Multedo.
J'ai entendu avec joie plusieurs Russes qui se moquaient du retour des Bonaparte. Mais ce ne sont pas ces gens-là qui en savent quelque chose. M. Rouher dit que la république tombera un beau jour et on n'en retrouvera plus trace. M. Gambetta affirme que "les débris impuissants du passé" ne sont plus à craindre. J'envoie des [Mot noirci : bouquets] à l'impératrice et je désire épouser Léon le Dictateur.
J'ai joué de la mandoline accompagné de Mme Rembelinsky. Les dames ont presque pleuré. Cette musique agit sur les personnes nerveuses.
Ecoutez, si je n'aime pas le Défunt qui donc vais-je aimer ?!! Le Défunt est le premier de tous les hommes pour moi au moral comme aussi peut-être au physique... pourtant je le souhaiterais moins gras.
Je m'explique mes railleries et les relâchements de sentiments par ce que j'en dis page 47, livre 78. C'est-à-dire que : j'y suis sérieusement et définitivement liée. Et si jamais je m'entiche d'un autre, je blâme d'avance et formellement mon choix, ce ne pourra être qu'une bêtise... [En travers : à moins qu'il soit plus grand que le Défunt, plus célèbre, mieux enfin ou au moins aussi bien.]
Pourquoi vouloir absolument aimer... au moment du trépas de ce pauvre Cassagnac j'y étais forcée, forcée d'avouer mes sentiments par mes actions, mais maintenant, au fond de Soden entre une baignoire et un verre d'eau de la 3ème source... à la veille de peindre Rosalie sur un superbe fond de peluche rouge, un cercle d'or dans ses cheveux noirs, une épaule nue, l'autre drapée d'une soie blanche et jaune... à la veille de terminer les notes sur le IVe livre de Tite-Live, je me sens indifférente...