Mardi 12 mars 1878
Croiriez-vous ce que je vais dire ? Je vous le dis, voici. C'est que je voudrais ne pas voir Cassagnac. Parce que je crains de ne pouvoir pas causer. Savez-vous que dimanche, il y avait un commencement d'hébétement qui me donne une peur panique ! Et cette Dina qui avait eu la maladresse de me dire que je paraissais triste. C'est comme si on disait à un homme nerveux pendant une épidémie qu'il paraît souffrant. Certes je n'étais pas du tout triste mais je n'étais pas en train. Et j'ai une peur absurde, superstitieuse de devenir bouchée quand il viendra. Tenez, dimanche il a dit cinquante choses de Suzanne, de la colonelle et d'autres, je n'ai rien relevé tandis qu'il y a un mois nous en avions fait un feu d'artifice. Aussi, il ne devrait pas se répéter.Ce soir j'ai inventé tout d'un coup une ravissante affaire qui
me rafraîchira, d'ailleurs la peur commence à se passer mais j'aimerais mieux ne pas voir bientôt le vénérable pontife tout de même.
Ne pensez pas je vous prie que cela puisse un instant me faire oublier le dessin.
Et voici de nouveau l'affaire.
Ma chère Cigale.
J'ai besoin de vous voir, venez à l'atelier aussitôt que possible, Votre camarade Marie.
C'est une petite qui ne vient plus et qui étudie et va débuter au "Français".
Quand je pense à Pincio, qui est bien perdu maintenant, mon cœur se serre. Je l'aimais beaucoup et le perdre me fait peut-être autant de peine que la mort de Walitsky.
Surtout quand je pense que l'animal est dans des mains étrangères, qu'il s'ennuie après moi et que je ne verrai plus sa petite physionomie et ces yeux et ce nez noirs si extraordinaires...
Bon, je me fais pleurer à présent.
Oh ! sapristi, mille noms d'un, tout ce que vous voudrez ! Je crois bien que j'aimerais mieux voir Cassagnac et n'importe qui blessé, malade, au diable que de ne plus voir mon chien qui m'aimait tant.
J'en ai du vrai chagrin et je me moque de tout le reste.