Vendredi, 29 septembre 1876 (17 septembre) - Practical Jokes and Family Dynamics
J'étais si désespérée hier, il me semblait que j'étais pour toujours enchaînée en Russie; cela m'exaspérait, j'étais prête à grimper au mur et je pleurai doucement.
Pacha devient presque un Girofla pour ma correspondance. Je ne sais pourquoi j'ai l'air d'être furieuse aujourd'hui, ce qui enrage mon père et jette un froid parmi nous tous.
Paul ne faisait que me rappeler qu'il est temps de dormir et quand je fus dans ma chambre il me demanda de l'argent pour aller chercher Pacha. L'idée me parut bonne, je m'ennuie sans ce bon, vraiment bon garçon.
Sa mère me gêne. Pourquoi ? Parce qu'elle a dit plusieurs choses d'après lesquelles je vois en quels termes exaltés son fils lui a parlé de moi. Et enfin comme j'insistai pour qu'elle le fît venir, elle me dit moitié riant, moitié sérieusement:
- Non, non, il faut qu'il reste là-bas. Tu t'ennuies ici et, n'ayant rien à faire, tu le tourmentes, il m'est revenu tout écrasé et étourdi.
Ce à quoi je répondis avec beaucoup de candeur :
- Je ne pense pas que Pacha soit homme à s'offenser de quelques plaisanteries amicales, si je plaisante et le taquine un peu c'est qu'il est mon proche parent, presque mon frère.
A table, où nous nous mîmes presque aussitôt, elle m'examina longtemps et dit :
- Savez-vous ce qui est le comble de la folie ?
- Non.
- C'est de devenir amoureux de Mousse.
Rattachant instinctivement cette phrase aux autres et à d'autres encore je rougis jusqu'aux oreilles.
Enfin, tout cela ne m'a pas empêché d'envoyer Paul, au risque de provoquer des désagréments.
J'écris chez mon père, nous avons longtemps bavardé, lui couché, moi assise sur le bord de son lit. Paul me dit qu'il ne [Mot noirci: parle] jamais avec personne de la maison, il passait des journées entières dans son fauteuil et à tout ce qu'on lui racontait il se bornait à faire : - hum....oui... hum...
- Et c'était tout.
Avec moi il cause, il bavarde, il rit, je l'enrage, il m'exaspère, nous nous disons ou plutôt moi je lui dis des sottises et j'attends qu'il revienne le premier; il n'y manque pas et de nouveau nous sommes assis.
Ayant passé en revue ensemble cinquante projets, je le laissai dormir et vins dans sa bibliothèque écrire ceci, je me souvins qu'il a toujours un pistolet chargé dans le tiroir de sa table de nuit et... je fis un bond vers la porte du salon chinois pour me monter la tête et crier plus naturellement et je poussai un grand cri de détresse qui à cause du rire qui m'étouffait parut déchirant.
- Dieu ! Quelqu'un grimpe... Ai ! Ai !
- Ou ? Quoi ? s'écria mon père.
- Mais, là, par la fenêtre ! Ai ! Stépann, Kousma ! Ici, au secours !
Je me cachai derrière la porte, l'agitant et lui donnant des coups de poings et des coups de pied.
- Oh ! ho ! Ah ! par ici, on entre !
- Attends, attends, criait mon père, j'arrive, je cours !
Je l'entendais secouer le tiroir qui ne voulait pas s'ouvrir et enfin il se précipite dans la chambre, en chemise, ses jambes décharnées nues et son revolver à la main.
- Où, qui est là ? criait-il.
- Mais là, à la fenêtre ! et je me cachais derrière la porte pour garder mon sérieux et simuler la peur.... mais il avait tellement l'air d'une figure de boîte d'allumettes en cire, que j'éclatai de