Jeudi 10 juin 1875
Je suis ennuyée, énervée. Cependant la journée avait bien commencé, et tout s'est passé comme d'habitude. Nous allons au bain, avec les Sapogenikoff et ma tante. Je donne à Lucie ma photographie et elle me donne la sienne. Hier elle me l'a demandée encore. Petit oncle Saëtone fait des sourires aimables.
Girofla arrive, s'assied derrière moi et joue avec des cailloux.
L'autre jour à la campagne on a parlé de Laferrière et il a dit qu'il la connaît et qu'elle habille très bien.
— Connaissez-vous Walery ?
— Oui.
— J'en étais sûre.
— Il y a cinq ou six ans il a fait mon portrait mais très mal. Pourquoi en étiez vous sûre, pourquoi me demandez vous cela ?
— Pour rien, une simple question.
Les Durand sont tout près et ont l'air de vouloir avaler toutes nos paroles.
Lucie se va faire une robe comme la mienne, voilà un plaisir !
Pardi ! cela m'ennuie beaucoup.
Nous sortons et l'homme avec nous.
Ce Saëtone et les autres me regardent, moi et Audiffret comme deux innamorati , j'en suis furieuse. Audiffret parle d'un dîner sur mer. Ce serait amusant.
Nous rentrons. Dina, Marie et Olga ne dînent pas et restent sur la terrasse, parce qu'à sept heures tout le monde va passer la soirée chez Lefèvre et elles se baigneront.
Je vais aussi chez lui mais pour une demi-heure. Je rentre triste et abattue on ne sait pourquoi.
Pourvu qu'on ne pense pas que je suis en train de devenir amoureuse du petit. Cette idée m'ennuie. Car on ne me comprend pas, on peut penser des bêtises. Je suis comme endormie, à peine si je puis écrire. Hier j'étais très satisfaite, aujourd'hui je m'ennuie. Et pourtant rien n'est changé. Misère des Misères. Il y a des jours comme cela, mes paupières sont lourdes. Je vais lire la Bible et puis dormir.