Deník Marie Bashkirtseff

Je suis sombre comme le temps et j'ai pleuré autant qu'il a plu, pas énormément. Je vais demander à maman de nous arranger, de vivre convenablement, je n'ai plus la force de continuer ainsi, et je rentre chez moi pour m'apprêter à sortir, abattue, morne, misérable, désespérée, oui désespérée, car maman ne trouve plus rien à me dire, ne me rassure plus, mais m'approuve au contraire. Quelques misérables et vaines qu'aient été ces rassurances et quelque peu d'importance que j'y attachais, elles me soutenaient. Oh ! mais maintenant je ne crois plus pouvoir jamais vivre comme j'aime. Si l'on pouvait, s'il était donner à une intelligence humaine de comprendre quelle importance j'attache à ce comme j'aime III!
C'est ma vie je le répète, pour la centième fois, c'est ma vie ! Chacun a une chose à laquelle il tient, par dessus tout. Eh bien, moi je tiens à cela par dessus tout, par dessus le duc de Hamilton ! Je ne parle pas de ma mère, parce que ma mère c'est moi, non c'est Dieu, ma mère est toujours exceptée, ma mère est toujours à côté de Dieu.
[Annotation: - C'est très joli ces sentiments mais je ne les comprends plus en 1881.]
Je voulais aller à l'opéra, une première représentation, j'y aurais pu voir quelques chiens, mais iJ n'y a plus de loges quand je viens en demander une.
Mon cher Victor est de retour de chez le vétérinaire, ce misérable l'a rendu maigre et malheureux ce cher chien. Depuis trois heures jusqu'à neuf heures du soir les Sapogenikoff sont chez nous. Le soir nous jouons aux rois. Morgan vient et assiste au jeu. Je le considère comme une misère parce qu'il est l'ami de mon frère, et aussi parce qu'il est un vaurien. Demain promet être une bonne journée, Marie viendra à douze heures et nous essayerons de faire les portraits de nos chiens.